"En novembre 2018, il y aura une élection. C'est clair?", a déclaré le général Prayut Chan-O-Cha devant la presse au siège du gouvernement.

Depuis la visite du général à la Maison Blanche le 3 octobre, les médias thaïlandais pointent du doigt les atermoiements du régime militaire: à Donald Trump, Prayut a promis des élections pour 2018, mais depuis son retour la junte restait muette sur le sujet.

"Le président Trump a salué l'engagement de la Thaïlande sur une feuille de route qui mènera à des élections libres et justes en 2018", assure le communiqué commun publié le jour de la rencontre par la Maison Blanche - qui a fait grand bruit en Thaïlande.

En août 2016, Prayut, meneur du coup d'Etat de mai 2014 contre le gouvernement civil de Yingluck Shinawatra, avait promis d'organiser des élections législatives en 2017 en cas d'adoption de la Constitution.

Cette promesse avait poussé de nombreux électeurs à voter "oui" à la nouvelle Constitution. Mais aucune date n'avait ensuite été confirmée.

Jusqu'ici, les militaires avaient principalement eu recours aux coups d'Etat, en 2006 contre Thaksin Shinawatra ou en mai 2014 contre sa soeur Yingluck.

Après le coup d'Etat de 2006, les Shinawatra étaient revenus au pouvoir sitôt des élections organisées. D'où, selon les analystes, le peu d'entrain des militaires à organiser un scrutin cette fois-ci.

-opposition sans meneur-

Mais outre le verrouillage institutionnel mis en place par la nouvelle Constitution (le Parlement restera soumis aux vetos d'un Sénat entièrement nommé), la scène politique est désormais débarrassée de Thaksin Shinawatra et de sa soeur Yingluck: elle l'a rejoint fin août dans son exil, pour échapper à des poursuites largement dénoncées comme politiques.

En Thaïlande, la déclaration de Prayut mardi a été accueillie avec scepticisme, dans un pays habitué aux effets d'annonce des militaires visant à calmer les pressions de la communauté internationale.

"Il est impossible de prendre Prayut au sérieux tant que la commission électorale n'a pas publié la loi électorale, car il n'a pas cessé de revenir sur ses promesses", analyse la politologue Puangthong Pawakapan, professeure à l'université Chulalongkorn de Bangkok.

"Je ne suis pas sûr que les élections aient lieu comme annoncé. Il y a des moyens de reporter un scrutin", a réagi Chaturon Chaisaeng, un des responsables les plus influents du parti des Shinawatra, le Puea Thai.

Jusqu'ici, les militaires s'étaient abrités derrière le fait que le pays était en deuil, depuis la mort du roi Bhumibol Adulyadej en octobre 2016, pour justifier le report des élections.

Or sa crémation est prévue pour le 26 octobre, marquant la fin de cette période de deuil d'un an pendant laquelle l'opposition a gardé un profil bas.

Avec la fin de la période de deuil, et le prochain couronnement du nouveau roi, Maha Vajiralongkorn, les lignes figées depuis des mois peuvent à nouveau bouger, alors que le coup d'Etat de mai 2014 avait été justifié par les généraux par la nécessité de protéger la monarchie de l'instabilité de la scène politique civile.

Pour la plupart des analystes, avec les Shinawatra en fuite, le Puea Thai ne se risquera pas cette fois-ci à faire descendre ses partisans dans la rue et trouvera une figure de compromis, acceptable pour les militaires ultra-royalistes.

"Thaksin Shinawatra n'abandonnera pas complètement la politique, mais il n'ira pas non plus à l'affrontement avec le pouvoir", du moins pour l'heure, analyse Puangthong.

Agence France Presse - 10 octobre 2017