Luck, l’une des reines du quartier, y retrouve Ozawa, ancien client et amant japonais déraciné. Ensemble, ils vont tenter de vivre leur amour aux confins du pays, à la frontière du Laos. Mais leur quête du paradis perdu se heurte aux traces partout présentes du passé colonial.

BELLE DE NUIT

Il y a déjà cinq ans, on découvrait le cinéaste japonais Katsuya Tomita à l'occasion de son troisième long métrage, le film-monde Saudade. Celui-ci nous donnait à voir un Japon d'invisibles, notamment des protagonistes thaïlandais immigrés au Japon. Bangkok Nites fait le trajet inverse en suivant son héros japonais (incarné par le réalisateur lui-même) en Thaïlande, plus précisément dans une rue qui constitue l'un des hauts lieux de la prostitution à Bangkok. Très rapidement, dans Bangkok Nites, on domine la ville : l'héroïne, Luck, surplombe la cité qu'elle contemple à travers une vitre. Elle est une des reines du quartier, mais soumise au désir de ses clients, dont nombreux sont japonais.

Saudade faisait le portrait d'un Japon à l'ère de la mondialisation. Sa violence était exprimée par le flow des rappeurs qui portait haut le tempo de ce long film de près de trois heures. Le faux rythme de Bangkok Nites est assez différent, et à vrai dire le film nous a semblé narrativement moins fluide, plus bancal. Mais il fait preuve d'une ambition aussi grande, racontant passé, présent et futur dans ce décor paradoxal. Il y a une prison derrière ces jolis néons violets. Les poupées, alignées dans une salle rose, se vendent avec le sourire. Au loin, la nature est splendide – mais elle est peuplée de fantômes. Elle est si belle qu'elle semble nécessairement cacher quelque chose de pourri.

Tomita, avec amertume, dépeint ce décor scarifié, et comment s'exerce aujourd'hui l'influence des conflits passés. Comment les touristes ont remplacé les soldats, et comment les femmes en payent le prix. Comment vivre l'utopie, ou du moins l'espérer. A travers les nuages, les buildings brillent. La traversée de Bangkok Nites n'est pas de tout repos mais sa soif et son sens esthétique impressionnent.

Bangkok Nites - Japon, 2015 - De Katsuya Tomita - Durée : 3h03 - Sortie : 15/11/2017

Par Nicolas Bardot - Filmdeculte.com - 21 juin 2017


Katsuya Tomita - Artiste invité

A l’occasion de la sortie en novembre de son prochain film « Bangkok Nites », le jeune réalisateur japonais Katuya Tomita est invité cette saison à investir les espaces du musée. Pour cette nocturne exceptionnelle, il mêlera installation vidéo et musique.

Le jeune réalisateur a choisi de continuer l’expérience du film au sein des collections d’Asie du Sud-Est du musée: dans la monumentale Cour khmère chantera Angkanang Kunchai, célèbre chanteuse pop des années 70 et actrice dans le film mais aussi les rappeurs japonais Stillichimiya et phillippins Tondo Tribe. Un DJ set de Soi48 donnera à entendre les plus grands artistes pop de la région d’Isaan. Pendant le concert, sur une installation de cinq écrans sera projeté un montage vidéo, création inédite du cinéaste réalisée pendant le tournage de « Bangkok Nites ».

▬▬PROGRAMME▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

► Katsuya Tomita HIDDEN JOURNEY OF A THOUSAND MILES BY JRP 18h30-23h30

Cette installation monumentale en cinq écrans est une sorte de carnet de voyage qui rend compte du tournage et de la géographie du film Bangkok Nites. Inédit en France, elle crée, par ses dimensions, un trouble visuel, entre scènes de rue et défilement du paysage. Projetées en même temps que le concert, sur les murs de la Cour khmère, les scènes semblent regardées par les multiples visages du moulage de la tour du Bayon. ▬▬INFORMATIONS PRATIQUES▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬

Artiste invité – Katsuya Tomita Samedi 2 décembre 2017 18h30-20h30 Musée national des arts asiatiques — Guimet 6 place d'Iéna — 75116 Paris 10€ / 7€ (tarif réduit) Le billet est valable pour toute la soirée musicale

Lu sur http://paris.carpediem.cd