Lors de son séjour du 13 au 17 octobre, Jeffrey Feltman, secrétaire général adjoint de l'ONU pour les Affaires politiques, a rencontré la dirigeante Aung San Suu Kyi et le chef de l'armée birmane, le général Min Aung Hlaing. Il s'est aussi rendu dans l'Etat Rakhine (ouest), théâtre de violences depuis la fin août.

Il y a "vu des dizaines de villages incendiés et détruits" et "rencontré plusieurs communautés affectées par les violences récentes", a précisé dans un communiqué le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric. "Il a aussi été dans des camps de personnes déplacées près de Sittwe, créés en 2012".

Depuis plus d'un mois, l'ONU réclame à la Birmanie l'arrêt de ses opérations militaires, un accès humanitaire sans entrave et le retour des réfugiés dans leurs zones d'origine. Selon l'ONU, malgré ces demandes, le flux de réfugiés vers le Bangladesh ne cesse pas et depuis le 25 août leur nombre a atteint 582.000 personnes, notamment des femmes et des enfants. Les musulmans rohingyas fuient les violences qui ont débuté fin août en Birmanie à majorité bouddhiste et que l'ONU considère comme une épuration ethnique. "Nous ne nous attendions pas à des avancées rapides en annonçant le voyage" de Jeffrey Feltman, réalisé à l'invitation de la Birmanie, a précisé Stéphane Dujarric. "La discussion se poursuit avec le gouvernement birman", a-t-il précisé, soulignant que l'ONU espère un accès humanitaire "aussi vite que possible".

Selon l'ONU, "10.000 à 15.000 réfugiés rohingyas sont entrés au Bangladesh" depuis dimanche soir "en passant par le poste-frontière de Anjuman Para dans le district d'Ukhia", après avoir dû fuir lorsque "leurs villages ont été incendiés".

Le mois dernier, la Birmanie avait invité à se rendre dans le pays le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, qui connait bien l'Etat Rakhine pour y avoir été dans ses anciennes fonctions de Haut commissaire aux réfugiés (2005-2015). Selon l'ONU, il étudie toujours sa réponse.

Agence France Presse - 17 octobre 2017


Birmanie : De nouvelles images satellite révèlent la destruction massive de villages rohingyas

De nouvelles images satellite révèlent qu'au moins 288 villages ont été partiellement ou totalement détruits par des incendies dans l'État de Rakhine dans le nord de la Birmanie depuis le 25 août 2017, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Des dizaines de milliers de bâtiments – principalement des maisons de membres de l’ethnie musulmane Rohingya – ont été détruits.

L'analyse de l'imagerie satellitaire mène au constat que les incendies ont eu lieu essentiellement dans des villages rohingyas, même après les déclarations de hauts responsables birmans selon lesquelles les « opérations de déblaiement » (« clearance operations ») menées par les forces de sécurité avaient cessé. L'imagerie montre la destruction de villages rohingyas situés près de villages arakanais dans l’État de Rakhine, qui sont restés intacts. Les images montrent qu'au moins 66 villages ont subi des incendies après le 5 septembre, date à laquelle les opérations des forces de sécurité auraient en principe pris fin, selon un discours prononcé le 18 septembre par la conseillère d'État Aung San Suu Kyi. L'armée birmane a riposté aux attaques lancées le 25 août par l'Armée de salut des Rohingyas d'Arakan (ARSA), en menant une campagne de nettoyage ethnique qui a incité plus de 530 000 Rohingyas à fuir vers le Bangladesh.

« Ces nouvelles images satellite montrent pourquoi plus d'un demi-million de Rohingyas ont fui vers le Bangladesh en seulement quatre semaines », a déclaré Phil Robertson, directeur adjoint de la division Asie à Human Rights Watch. « L'armée birmane a détruit des centaines de villages rohingyas tout en commettant des meurtres, des viols et d'autres crimes contre l'humanité qui ont forcé les Rohingyas à fuir afin de survivre. »

Les pays membres de l'ONU et les organismes internationaux devraient presser le gouvernement birman d’autoriser la mission d'établissement des faits mandatée par l'ONU à enquêter sur ces abus. Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait également imposer d'urgence un embargo sur les armes vendues à la Birmanie, ainsi que des sanctions ciblées à l’encontre des commandants birmans responsables de graves violations, selon Human Rights Watch.

Human Rights Watch - 17 octobre 2017