Les progrès technologiques n’y changent rien, les gens sont toujours sujets au stress au travail et dans leur vie quotidienne. À partir de ce constat, la «Fury Room» a été conçue pour aider les gens, surtout les jeunes, à évacuer les tensions accumulées suite aux tracas du quotidien. Là-bas, on est encouragé à crier et briser tout ce qu’on a sous la main.

La plupart des clients sont des filles

Aux abords de la «Fury Room», nous entendons des grands bruits de bouteilles, de vases et de verres en train de se briser sur le sol. Par la fenêtre, on aperçoit un groupe de jeunes qui fracassent toute sorte d’objet autour d’eux dans une chambre d’environ 10 mètres carrés. «C’est la deuxième fois que je viens ici. Je me sens plus calme quand je ressors. Avant, lorsque j’étais anxieuse, je me faisais masser, mais c’est beaucoup moins efficace que ce jeu», a confié Anh Thu, comptable de profession.

Muni d’un casque, d’accessoires de protection du corps et d’une batte de baseball ou d’un club de golf, on est enfin prêt à entrer dans la «chambre de la colère» pour se débarrasser des émotions négatives. Nguyên Ngoc Thinh, 27 ans, a importé cette activité à Hanoï et au Vietnam.

«Avant, je vivais avec une pression constante dans ma vie. Les loisirs tels que le sport ne m’aidaient qu’à m’en débarrasser que partiellement, a-t-il présenté. En lisant les journaux, j’ai découvert l’existence de ce genre de jeu à l’étranger et je m’y suis intéressé. Alors, j’ai pris la décision d’en créer un à Hanoï pour me détendre moi-même et le proposer aux jeunes de la ville».

Arrivé au Vietnam il y a trois mois, la «Fury Room» accueille aujourd’hui des clients dont le nombre ne cesse de croître. Concrètement, le premier mois, seulement une trentaine de personnes sont venues profiter de ce service mais dès le 2e mois, la clientèle a été multipliée par cinq. Étonnamment, la majorité des clients sont des filles.

Loisir des sociétés modernes

La chambre de la colère n’est pas une nouveauté dans le monde. Elle existe en effet au Japon depuis quinze ans et aux États-Unis depuis sept ans. Arrivée tout récemment au Vietnam, cette activité divise la population. D’abord, certains pensent qu’elle est un bon moyen de résoudre les tensions psychologiques.

«D’après moi, quand on est trop tendu, le fait d’écouter de la musique, sortir avec des amis ou en parler aux autres ne permet pas de soulager totalement son esprit. Casser des objets dans un espace confiné permet de libérer les énergies sans nuire aucunement à autrui», a commenté Vu Dinh Truong, ingénieur informatique.

À l’opposé de Dinh Truong, Vu Thanh Vân, étudiante de l’Université nationale de Hanoï, pense que le fait de briser des objets ou des meubles régulièrement peut devenir à terme une mauvaise habitude. «Je trouve que ce type de loisir n’est pas efficace, voire malsain, il peut renforcer la colère. De plus, c’est une manière d’exalter la violence. Je ne parle même pas des nombreux déchets inutiles que cette activité engendre, ce n’est vraiment pas bon pour l’environnement», a-t-elle souligné.

Le patron de la «Fury Room» défend l’idée que ce loisir n’intensifie pas la violence mais contribue au contraire à la rationner, à la canaliser. Selon les psychologues, c’est une manière comme une autre de décompresser. La «Fury Room» permet de se défouler dans un cadre prévu à cet effet, l’idée est de retrouver la maîtriser de soi quand on ressort du lieu.

«Cette activité aide à se calmer en un laps de temps très court. Elle est beaucoup pratiquée au Japon, en Russie, aux États-Unis, etc. Nous avons noté que ceux qui exercent des métiers intellectuels sont les plus atteints par le stress», selon le socialiste, Dr Lê Ngoc Phan. Il ajoute que ce loisir permet seulement de se calmer temporairement et qu’il n’a pas vocation à mettre fin durablement aux causes qui produisent stress.

Concernant les frais de fonctionnement, Nguyên Ngoc Thinh a dépensé un milliard de dôngs pour la décoration, des équipements de protection, la collection d’objets et de meubles destinés à être cassés, etc. «Au départ l’activité était loin d’être rentable. J’ai décidé de ne pas fermer pour autant car j’adore ce loisir», a confié le patron.

Dans l’avenir, il tentera d’installer une chambre de la colère de ce style à Hô Chi Minh-Ville. Une ville qui compte plus de jeunes et où les mentalités sont plus ouvertes qu’à Hanoï. Pour le moment, Ngoc Thinh reçoit des propositions de coopération mais il les a toutes refusées. «Ils ne s’intéressent qu’au profit, pas à l’intérêt et au confort des clients», a-t-il partagé.

Par Mai Quynh & Ngoc Thinh - Le Courrier du Vietnam - 22 octobre 2017