Le grand jour de la crémation du roi Bhumibol Adulyadej, auquel conseillers du palais, généraux et artisans se préparent depuis des mois approche enfin : jeudi, la dépouille du monarque, mort un an plus tôt, sera transporté en grande pompe du palais vers un somptueux crématorium doré.

Des artisans y travaillent depuis des mois, sculptant bois précieux et créatures des mythologies hindoues ou bouddhistes: au total, plus de 500 de ces créatures et animaux entourent le site, censé représenté le mont Meru, le centre de l'univers pour les bouddhistes et les hindouistes.

"Les cérémonies pour le roi restent considérées comme destinées à un demi-dieu" en Thaïlande, a expliqué à l'AFP Eakkarak Limsunggas, le chef du département de la police chargé de faire respecter le protocole.

Ses troupes sont chargées de scrupuleusement vérifier que spectateurs comme journalistes couvrant l'évènement soit vêtus de costumes noirs sans le moindre signe de fantaisie et aient un comportement respectueux.

Samedi, des milliers de Thaïlandais s'étaient déjà massés dans les rues entourant le palais pour assister à la répétition générale de la cérémonie de jeudi.

"Après sa mort, les responsables de l'Etat ont dû travailler très dur pour cet évènement, car c'est le premier que notre génération doive gérer", explique à l'AFP dans la foule Rataya Kobsikarn, une Bangkokienne de 54 ans.

Comme la plupart des Thaïlandais, elle n'a jamais vécu que sous le roi Bhumibol, qui détenait le record mondial du plus long règne, ayant passé plus de 70 ans sur le trône.

En bonne place dans le cortège des répétitions, sous un soleil de plomb, marchait le chef de la junte, le général Prayut Chan-O-Cha, auteur du coup d'Etat de mai 2014 au nom de la défense de la monarchie, à une époque où l'état de santé du roi Bhumibol s'était déjà très dégradé.

La princesse Sirindhorn, très aimée des Thaïlandais, a également marché. Mais son frère, le roi Maha Vajiralongkorn, loin d'avoir la popularité de son père, n'était pas visible.

C'est pourtant lui qui jeudi devra présider la cérémonie de crémation, jour clef de funérailles qui vont officiellement débuter mercredi, pour durer cinq jours. Quelque 250.000 personnes y sont attendues.

De son vivant, le roi Bhumibol avait déjà un statut de demi-dieu, après des décennies de culte de la personnalité le présentant comme le père de la Nation, garant de la stabilité d'un pays marqué par de profondes divisions politiques.

Toutes les questions demeurent quant à l'orientation que donnera Maha Vajiralongkorn à l'institution royale, protégée par une loi de lèse-majesté très stricte qui punit de lourdes peines de prison tout détracteur de l'institution.

Agence France Presse - 21 Octobre 2017