Le projet de résolution, soumis par la France et le Royaume-Uni, appelle les autorités birmanes à "cesser immédiatement les opérations militaires" contre les Rohingyas et à permettre aux réfugiés de cette minorité vivant actuellement dans des camps de fortune au Bangladesh de revenir en Birmanie.

Le texte de six pages ne menace pas la Birmanie de sanctions, mais énonce une série de demandes concrètes.

Des diplomates ont cependant souligné que ce projet de résolution qui constituerait la première réponse officielle du Conseil de sécurité à la crise en Birmanie faisait face à l'opposition de la Chine, premier soutien de la Birmanie, prédisant des négociations difficiles avec Pékin.

"Les Chinois ne sont pas partants", a assuré un diplomate du Conseil de sécurité sous couvert d'anonymat. "Ils veulent que nous ne disions rien et ne fassions rien sur cette question", a-t-il ajouté.

D'après les derniers chiffres des Nations unies, plus de 580.000 musulmans rohingyas ont fui la Birmanie depuis le 25 août, pour se réfugier au Bangladesh voisin.

Cette crise a débuté quand des rebelles rohingyas, dénonçant les mauvais traitements subis par leur minorité, ont attaqué des postes de police en Birmanie fin août, entraînant une répression sévère de l'armée.

Traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90 % bouddhiste, les Rohingyas sont apatrides même si certains vivent dans le pays depuis des générations.

Le projet de résolution condamne la violence dans l'Etat Rakhine, tout en exprimant une "vive préoccupation du fait que les forces de sécurité et les milices en Birmanie soient responsables de violations des droits de l'homme et d'abus". Il appelle la Birmanie à laisser les experts de l'ONU accéder à l'Etat Rakhine afin d'enquêter sur les allégations d'atrocités commises sur place contre les Rohingyas.

Le texte exige aussi des autorités birmanes qu'elles permettent au personnel humanitaire d'accéder à l'Etat Rakhine, où les Rohingyas qui ont réussi à échapper aux forces birmanes souffrent d'une grave pénurie alimentaire.

Le projet réclame aussi la nomination d'un conseiller spécial des Nations unies pour la Birmanie et exhorte le pays à mettre en oeuvre les recommandations d'une commission sur les droits des Rohingyas dirigée par l'ancien chef de l'ONU Kofi Annan, qui a déclaré que cette population apatride et installée en Birmanie depuis des décennies devrait se voir accorder des droits de citoyenneté.

Des groupes de défense des droits de l'homme ont accusé le Conseil de sécurité de l'ONU de traîner les pieds dans sa réponse à la crise birmane, réclamant des mesures plus sévères, comme un embargo sur les armes et des sanctions ciblées contre les responsables des attaques contre les Rohingyas.

S'adressant au Conseil des droits de l'homme de l'Assemblée générale, la rapporteuse spéciale de l'ONU pour la Birmanie, la sud-coréenne Yanghee Lee, a estimé que le Conseil de sécurité devrait adopter une "résolution ferme" sur la Birmanie.

"Ca ne fait pas seulement des décennies que la crise dans l'Etat Rakhine est en gestation, elle a en plus débordé et continue de déborder au-delà des frontières de la Birmanie", a-t-elle déclaré. "Depuis très longtemps maintenant, cette question n'est plus simplement une affaire interne", a ajouté la rapporteuse.

Agence France Presse - 26 octobre 2017