L’ONG respectée Thai Lawyers for Human Rights dénonce une descente de militaires survenue mardi au domicile d’Ekachai Hongkangwan à Bangkok, lui donnant le choix entre «faire un tour du côté de Kanchanaburi (localité de l’ouest de la Thaïlande) ou rester dans une baraque militaire».

Mercredi, Ekachai «était détenu à Kanchanaburi», a précisé l’AFP l’avocat Anon Numpa, de Thai Lawyers for Human Rights, qui a pu lui parler. Il se trouve dans un hôtel, sous surveillance militaire, et est tenu d’y rester jusqu’au 27 octobre.

«Il n’a pas été mis en examen, mais les militaires ont dit qu’il avait été emmené pour le bon déroulement de la cérémonie de crémation royale», a ajouté l’avocat Anon Numpa.

Aucun commentaire n’a pu être obtenu auprès des autorités, comme c’est souvent le cas avec le régime militaire ultra-royaliste au pouvoir depuis un coup d’Etat en 2014. Il est coutumier des détentions de plusieurs jours des détracteurs du régime.

Il est reproché à Ekachai un post sur Facebook la semaine dernière, dans lequel il disait qu’il porterait jeudi une chemise rouge, une allusion au mouvement des Chemises rouges, favorable à l’ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra et à sa soeur Yingluck, dont les gouvernements ont été démis par des coups d’Etat militaires en 2006 et 2014.

«Le 26 octobre, je mettrai une chemise rouge et ferai quelque chose d’impensable», avait écrit Ekachai sur sa page Facebook le 20 octobre, dans un pays où nul n’ose critiquer la royauté, protégée par une loi de lèse-majesté drastique.

Pendant ce temps, à Bangkok, sur le parcours du convoi funéraire du roi Bhumibol Adulyadej, qui doit sortir du palais jeudi matin, les Thaïlandais étaient déjà des milliers à se masser mercredi soir, prêts à passer la nuit sur le trottoir pour être aux premières loges.

«Je veux venir lui dire au revoir le plus près possible», explique dans la foule, protégée du soleil par une mer de parapluies noirs, Una Tontakulchanchai.

«Il a régné pendant 70 ans et a fait beaucoup pour le peuple. Je n’ai rien à lui offrir en retour si ce n’est ma loyauté», ajoute une autre Thaïlandaise, Samruan Amma.

Au moins 250.000 personnes sont attendues jeudi dans les rues de Bangkok.

De son vivant, le roi Bhumibol avait déjà un statut de demi-dieu, après des décennies de culte de la personnalité le présentant comme le père de la Nation, garant de la stabilité d’un pays marqué par de profondes divisions politiques.

Agence France Presse - 25 octobre 2017