Les Etats-Unis ont haussé le ton, mercredi 22 novembre, contre l’armée birmane, en dénonçant à leur tour un « nettoyage ethnique contre les Rohingya » en Birmanie. Face à l’exil de plus de 600 000 membres de cette minorité musulmane, qui ont fui les violences en Birmanie, l’ONU avait dénoncé dès le 11 septembre une « épuration ethnique », mais, jusqu’à présent, l’administration américaine s’était refusé d’en faire autant.

« Les responsables de ces atrocités doivent rendre des comptes », a déclaré le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, qui a rencontré le chef de l’armée Min Aung Hlaing et la dirigeante du gouvernement civil Aung San Suu Kyi à la mi-novembre.

Dans un communiqué, il a explicitement accusé « certains au sein de l’armée et des forces de sécurité birmanes ainsi que dans les groupes locaux d’autodéfense », et n’a pas exclu des « sanctions ciblées ».

En réponse à des attaques de la rébellion rohingya fin août, l’armée birmane mène une campagne de représailles dans l’Etat Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie. En trois mois, plus de 600 000 Rohingya – dont la moitié sont des enfants – ont fui vers le Bangladesh voisin. Ils ont témoigné d’exactions, viols ou meurtres de la part des soldats birmans, accusés de vouloir vider la région des musulmans.

« Après une analyse attentive et approfondie des faits disponibles, il est clair que la situation dans le nord de l’Etat Rakhine constitue un nettoyage ethnique contre les Rohingya », a affirmé Rex Tillerson mercredi. « Aucune provocation ne peut justifier les horribles atrocités qui ont suivi » les attaques imputées aux rebelles, a-t-il insisté, réclamant une « enquête crédible et indépendante » sur le terrain.

« Equilibre délicat »

Depuis le début de ce nouveau drame touchant les musulmans rohingya, la plus grande population apatride au monde, les Etats-Unis prennent soin de ne pas blâmer Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix auréolée de son long combat contre la junte militaire, mais évoquent ouvertement la responsabilité de l’armée.

« C’est un équilibre délicat », admet une source diplomatique américaine à l’Agence France-Presse, soulignant que Washington ne veut pas faire dérailler la transition démocratique dans ce pays asiatique longtemps dirigé d’une main de fer par les seuls militaires.

Selon le chef de la diplomatie américaine, « la réponse de la Birmanie à cette crise est cruciale pour réussir sa transition vers une société plus démocratique ». Il a demandé à l’armée, mais aussi au gouvernement, de « respecter les droits de l’homme » et de « faire rendre des comptes à ceux qui ne le font pas ».

Rex Tillerson a également salué les « récents échanges entre les gouvernements de Birmanie et du Bangladesh » en vue du rapatriement des réfugiés rohingya. Pékin a notamment annoncé avoir proposé un plan qui a, selon lui, l’approbation de la Birmanie et du Bangladesh.

Après les visites récentes de Rex Tillerson et de ministres européens en Birmanie et au Bangladesh, le pape François doit s’y rendre à son tour, la semaine prochaine.

Le Monde avec Agence France Presse - 22 novembre 2017