La Birmanie et le Bangladesh ont signé un accord ouvrant la porte au rapatriement de centaines de milliers de musulmans rohingya qui ont franchi la frontière bangladaise pour échapper à une campagne de répression de l’armée birmane dans l’Etat d’Arakan.

Le bureau d’Aung San Suu Kyi, qui dirige le pays, a déclaré que l’accord a été signé, jeudi 23 novembre, par les responsables du gouvernement, à Naypyitaw, la capitale birmane.

« Nous sommes prêts à les accueillir dès que possible, dès que le Bangladesh nous aura renvoyé les formulaires de retour », a annoncé Myint Kyaing, secrétaire permanent du ministère du travail, de l’immigration et de la population birman, après la signature de cet accord dans la nouvelle capitale birmane, Naypyitaw. Ce texte « stipule que le programme de retours doit débuter sous deux mois », a expliqué le ministère des affaires étrangères du Bangladesh.

Le communiqué, qui n’emploie pas le terme « rohingya » que refusent les autorités birmanes, fait simplement mention de « personnes déplacées de l’Etat Rakhine », région de l’ouest de la Birmanie, épicentre des violences. Les critères de rapatriement ou le nombre de personnes concernées par ce programme n’y sont pas précisés.

Visite du pape

Cette annonce intervient à quelques jours de la visite du pape François dans ces deux pays. Le souverain pontife argentin sera en Birmanie du 26 au 30 novembre puis au Bangladesh du 30 novembre au 2 décembre.

Si la junte militaire, qui a dirigé la Birmanie pendant des décennies, a laissé formellement le pouvoir à un gouvernement civil dirigé par la Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi l’an dernier, beaucoup craignent que l’armée ne cherche à empêcher le retour des Rohingya.

Les organisations de défense des droits de l’homme et plusieurs pays occidentaux accusent l’armée birmane de se livrer à des exactions de grande ampleur dans cette région de l’ouest du pays.

L’armée, sur laquelle Aung San Suu Kyi n’a aucune autorité, a déjà prévenu que les réfugiés ne pourraient rentrer que dans le cadre de la loi sur la citoyenneté de 1982, qui a établi une liste officielle des minorités ethniques en Birmanie, dont les Rohingya ne font pas partie.

« Nettoyage ethnique »

Mercredi, les Etats-Unis ont accusé la Birmanie de se livrer à un « nettoyage ethnique », faisant écho à des déclarations de responsables des Nations unies au début de la crise humanitaire qui a vu quelque 620 000 Rohingya fuir au Bangladesh depuis le 25 août. Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a aussi menacé les généraux birmans de sanctions ciblées.

Cet exode fait écho à d’autres afflux massifs de Rohingya au Bangladesh au cours des dernières décennies, notamment en 1978 et 1991-1992. Des programmes de retour en Birmanie ont déjà eu lieu, mais la résurgence des violences questionne leur pérennité.

La semaine dernière, le chef d’Etat-major de l’armée birmane, le général Min Aung Hlaing, a prévenu après un entretien avec Rex Tillerson que tout accord devrait prendre en compte les intérêts des « habitants ethniquement originaires de l’Arakan qui sont les vrais citoyens birmans » et pas seulement ceux des « Bengalis », un terme désignant les Rohingya utilisé par la majorité bouddhiste birmane pour souligner leur origine étrangère.

« Très courageuse »

Européens et Américains prennent soin de ne pas blâmer Aung San Suu Kyi, faisant la distinction entre le gouvernement civil et les militaires et soulignant la fragilité du processus démocratique dans ce pays.

Lundi, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a apporté un soutien appuyé à la dirigeante birmane en soulignant qu’elle cautionnait les demandes de l’ONU. « Elle a accepté ces demandes de manière très courageuse parce que les conditions politiques de son gouvernement ne sont pas simples », a-t-il dit à l’issue d’une rencontre avec la Prix Nobel de la paix en marge d’une réunion ministérielle Europe-Asie (ASEM) à Naypyidaw.

Aung San Suu Kyi y a esquissé devant 20 ministres européens et asiatiques « le plan qu’elle souhaite développer pour enrayer cette crise, avec à la fois l’arrêt de la violence, la mise en œuvre d’un soutien humanitaire, la perspective de retour (des réfugiés) dans le pays », a détaillé M. Le Drian. Ces trois demandes de l’ONU sont restées sans grand effet depuis le début de la crise.

Le Monde.fr avec Agence France Presse, Associated Press et Reuters - 21 novembre 2017