« Poursuivre un universitaire pour des commentaires qu’il a faits à propos d’une bataille qui a eu lieu il y a plus de quatre siècles est totalement absurde. Cette affaire rappelle que les autorités de Thaïlande ont de plus en plus recours à la loi relative aux crimes de lèse-majesté comme moyen de répression. »

« En plus de représenter une attaque inacceptable contre la liberté d’expression et les libertés académiques, l’affaire de Sulak Sivaraksa semble être fondée sur une interprétation volontairement erronée de la loi relative aux crimes de lèse-majesté. Cette loi, qui devrait dans tous les cas être abrogée, ne s’applique pas, en son état actuel, aux membres historiques de la monarchie. »

« Les autorités thaïlandaises doivent cesser leur utilisation abusive de cette loi et abandonner immédiatement ces charges ridicules. »

Complément d'information

Sulak Sivaraksa a été inculpé pour des commentaires qu’il a faits le 5 octobre 2014 à l’Université Thammasat, à Bangkok, remettant en question le récit historique d’une bataille du 16e siècle à dos d’éléphant entre le roi de Thaïlande Naresuan et le prince héritier birman Mingyi Swa. S’il est déclaré coupable, il risque jusqu’à 15 ans d’emprisonnement.

Sulak Sivaraksa est un universitaire critique et auteur de nombreux ouvrages sur la politique, la société et la culture thaïlandaises. Il est également militant de longue date en faveur des droits humains, du bouddhisme et des approches pacifiques pour résoudre les conflits politiques. Depuis 1984, il a été poursuivi plusieurs fois au titre de l’article 112 du Code pénal, la Loi thaïlandaise relative aux crimes de lèse-majesté.

Depuis que le gouvernement militaire a accédé au pouvoir en Thaïlande à la faveur d’un coup d’État en mai 2014, un nombre sans précédent de personnes ont été inculpées et déclarées coupables au titre de la loi relative aux crimes de lèse-majesté. Le rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression a appelé les autorités thaïlandaises à cesser d’utiliser la loi relative aux crimes de lèse-majesté pour ériger la liberté d’expression en infraction, et à abroger ou modifier la loi car elle est incompatible avec les obligations internationales de la Thaïlande en matière de droits humains.

Amnesty International - 7 décembre 2017