Il espère s'en sortir grâce à un nouveau système de cliniques de jour.

Il se rend désormais tous les matins dans une clinique de Hanoï pour y recevoir une dose quotidienne de méthadone, censée l'aider à se libérer de l'emprise de l'héroïne.

Les centres de désintoxication classiques au Vietnam sont jugés inefficaces: les junkies peuvent y passer de longues années sans véritable traitement hormis un sevrage brutal, à travailler dans des ateliers dont les dividendes finissent dans les poches des officiels du régime communiste.

Trung raconte son arrestation en 2010 sur son lieu de travail par des policiers en civil, alors même qu'il avait retrouvé un emploi d'agent de sécurité et était sevré. Il faut remplir les quotas des centres de désintoxication, lui avait alors expliqué un des policiers.

Le dernier séjour de Trung dans un des 132 centres de désintoxication obligatoire du Vietnam aura duré quatre ans, de 2010 à 2014. Il raconte les coups des gardiens, le travail forcé pendant de longues heures chaque jour à fabriquer des faux-cils.

"Quand on vit là-bas, que ce soit pour se nourrir, sortir en promenade, dormir, travailler, on n'a aucun droit", explique, dans un café enfumé de Hanoï, cet homme de 50 ans, aujourd'hui libre.

Le Vietnam se distingue de pays voisins comme le Cambodge, la Thaïlande, la Malaisie ou la Chine - qui ont des systèmes de centres de désintoxication similaires - par la longueur des périodes passées par les drogués derrière les murs de ces établissements.

- Succès financiers -

Ce sont "des échecs en termes de traitement antidrogue mais des succès financiers pour les fonctionnaires dirigeant ces centres" avec la complaisance des entreprises qui leur sous-traitent des activités, comme peindre des jouets ou coudre des vêtements de grandes marques occidentales, ironise Richard Pearshouse, de l'ONG Human Rights Watch, auteur d'un rapport sur le sujet.

Trung témoigne sous couvert de l'anonymat de la vie dans ces centres, où les journalistes ne sont que très rarement autorisés à pénétrer.

Le régime communiste a accepté de montrer à l'AFP un centre de désintoxication où cohabitent des drogués amenés manu militari par les policiers et d'autres pensionnaires confiés à l'établissement par des familles débordées.

"Les lois et les règlements sont en train d'être améliorés, notamment concernant le traitement des drogués", affirme Le Thanh Tung, responsable du département de "prévention des maux sociaux" dans ce centre de Hai Phong, dans l'est du Vietnam.

Ici, quelque 500 drogués sont suivis. Ils sont d'abord placés en sevrage strict, à l'isolement, puis ramenés dans des dortoirs.

Ils travaillent ici aussi dans des ateliers, présentés comme des lieux de "formation", où ils apprennent la menuiserie, la cordonnerie, le maraîchage, tout en percevant un salaire symbolique.

Entre 2014 et 2016, plus de 65.000 patients sont passés par ces centres de désintoxication au Vietnam. Ils dorment sur place, sans possibilité de sorties de jour.

Certaines unités au sein de ces établissements sont parfois réservées à l'internement de malades mentaux ou de personnes handicapées.

Seules les cliniques de jour pour les héroïnomanes semblent marquer un vrai progrès, mais les mentalités peinent à évoluer, dans ce pays habitué au traitement de la drogue par la manière forte.

Mme Luong, dont les deux fils sont accros à l'héroïne, se félicite du maintien des centres de désintoxication obligatoire, comme de nombreux Vietnamiens exaspérés par les ravages de l'héroïne, une drogue qui reste la plus populaire au Vietnam même si les méthamphétamines gagnent du terrain.

"Quand vous avez un drogué dans votre famille c'est l'enfer", raconte-t-elle, plaidant pour "l'enfermement" de ceux qui sont accros.

L'évolution de l'opinion est "l'obstacle numéro un" pour faire changer les mentalités, relève Oanh Khuat, responsable d'une ONG qui tente de développer le sevrage à l'aide de méthadone en clinique de jour.

Agence France Presse - 11 décembre 2017