La représentation diplomatique européenne à Phnom Penh a justifié sa décision en dénonçant l'exclusion arbitraire du principal parti d'opposition, rendant le processus électoral illégitime.

La commission électorale cambodgienne ne bénéficiera plus de l'aide financière de l'Union européenne. Avec le Japon, l’UE figurait parmi les plus gros contributeurs de cette entité en théorie indépendante. En cause, la dissolution le mois dernier par la Cour suprême du principal parti d'opposition : le parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP).

Bruxelles a emboîté le pas à Washington qui avait dès la mi-novembre suspendu toute aide à l'organisation des élections, considérant que celles-ci ne seraient pas légitimes. Début septembre déjà, le chef du CNRP, Kem Sokha, avait été emprisonné et inculpé pour « trahison et espionnage » en faveur des Etats-Unis.

Après l'annonce de non-assistance électorale de Washington, le Premier ministre Hun Sen et la commission électorale avaient assuré que les élections se tiendraient comme prévu, même sans aide ni observateurs internationaux. Mardi, la Commission électorale a réservé le même accueil à l'annonce des Européens : « les équipements, budgets, aspects techniques et ressources humaines sont déjà prêts », a réagi Som Sorida, secrétaire général de la commission.

En faisant place nette, l'inamovible Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 32 ans, sera probablement reconduit pour un nouveau mandat de cinq ans. Un glissement vers une dictature qui ne semble pourtant pas inquiéter le Japon, la Chine, la Corée du Sud et la Russie. Ces pays n'ont pas retiré leur assistance à l'organisation du prochain scrutin.

Radio France Internationale - 12 décembre 2017


L’UE suspend son assistance au Cambodge

Emboîtant le pas aux États-Unis, l’Union européenne a annoncé mardi la suspension de son assistance à l’organisation des législatives de 2018 au Cambodge, une décision rare, après la dissolution du principal parti d’opposition.

« La Commission européenne a décidé de suspendre son assistance à la commission électorale », a indiqué la représentation diplomatique européenne à Phnom Penh.

« Un processus électoral dont le principal parti d’opposition a été arbitrairement exclu ne peut être considéré comme légitime », critique la représentation européenne.

Le principal parti d’opposition, le Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), a été dissous en novembre, point d’orgue d’une longue série d’attaques orchestrées par l’homme fort du pays, Hun Sen, contre son seul adversaire crédible dans les urnes.

Éliminer l’adversaire

Le CNRP avait fait un score remarqué, de plus de 40 %, aux législatives de 2013, une percée confirmée lors des municipales de juin 2017.

« La dissolution du CNRP signifie qu’il ne pourra pas participer aux élections de 2018 », souligne la représentation européenne.

Début septembre, le chef du CNRP, Kem Sokha, avait été emprisonné et inculpé pour « trahison et espionnage » en faveur de Washington, des accusations passibles de 30 ans de prison. Et le fondateur du parti, Sam Rainsy, est en exil en France pour échapper à des poursuites.

Washington tente aussi de son côté de faire pression : mi-novembre, les États-Unis avaient déjà annoncé leur suspension de toute aide à l’organisation des élections, qui « ne seront pas légitimes », avait alors souligné la Maison-Blanche. Dernière mesure de représailles par Washington : les personnes qui « sapent la démocratie » au Cambodge seront interdites d’entrée sur le territoire américain.

Élections maintenues

Après l’annonce de non-assistance électorale de Washington, Hun Sen et la commission électorale avaient assuré que les élections se tiendraient comme prévu, même sans aide ni observateurs internationaux.

Mardi, la Commission électorale a réservé le même accueil à l’annonce des Européens : « Les équipements, budgets, aspects techniques et ressources humaines sont déjà prêts », a réagi Som Sorida, secrétaire général de la commission, interrogé par l’AFP.

Hun Sen n’a quant à lui pas commenté la décision européenne mardi, mais s’est félicité de la dissolution de l’opposition.

« Nous devons les garder à l’oeil, car nous connaissons leurs plans pour une révolution de couleur au Cambodge », a-t-il insisté lors d’une réunion avec l’armée.

Hun Sen ne cesse de brandir la menace, à l’occasion de ces élections, d’une « révolution de couleur », comme en Libye ou en Égypte, soutenue par Washington.

Agence France Presse - 13 décembre 2017