Les portes de la Birmanie restent inaccessibles à l’ONU. La rapporteuse spéciale de l’ONU sur la Birmanie, qui devait effectuer une mission sur place en janvier, s’est vue refuser l’accès, a-t-elle annoncé mercredi 19 décembre, craignant que quelque chose de « terriblement horrible » soit en train de se produire.

« Je suis troublée et déçue par cette décision du gouvernement birman. (…) C’est une honte que la Birmanie ait décidé de s’engager sur cette voie », a déclaré la sud-coréenne Yanghee Lee, en charge du dossier birman depuis 2014.

« Je suis déçue par cette décision du gouvernement birman »

« Cette déclaration de non-coopération (…) ne peut être considérée que comme une indication forte qu’il doit y avoir quelque chose de terriblement horrible qui se passe dans (l’État) Rakhine, ainsi que dans le reste du pays », a-t-elle ajouté.

Les violences dans l’État Rakhine (ouest) ont débuté par des attaques de postes de police par les rebelles de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA), qui dénonce les mauvais traitements subis par cette minorité musulmane. L’opération militaire lancée ensuite par l’armée a poussé environ 655 000 Rohingyas à fuir au Bangladesh voisin depuis le mois d’août. L’ONU a évoqué des éléments de « génocide ».

« Il y a deux semaines encore, le représentant birman (auprès des Nations unies à Genève) avait informé le Conseil des droits de l’homme de sa coopération continue avec l’ONU, faisant référence (…) à mon rôle de Rapporteuse spéciale », a expliqué Mme Lee.

« Maintenant on me dit que cette décision de ne plus coopérer avec moi est basée sur la déclaration que j’ai faite après avoir visité le pays en juillet », a-t-elle précisé.

Yanghee Lee est en charge du dossier birman depuis 2014

« Elle manque d’impartialité et n’est pas objective dans son travail. Nous n’avons pas confiance en elle », a déclaré à l’Agence France-Presse un porte-parole du gouvernement birman, Zaw Htay.

Dès le mois d’août, la rapporteuse spéciale de l’ONU Yanghee Lee s’était inquiétée d’informations faisant état de l’arrivée de renforts militaires dans l’État Rakhine. À l’époque elle venait de rentrer d’un séjour en Birmanie sur le terrain mais jamais dans cet État.

En mars dernier, c’est Yanghee Lee qui avait demandé l’établissement d’une commission d’enquête internationale sur les exactions commises contre les Rohingyas. Les 47 États membres du Conseil des droits de l’homme avaient entendu son appel, décidant quelques jours après d’établir une « mission internationale indépendante ».

La Birmanie s’oppose toutefois à la venue de ces enquêteurs. La rapporteuse s’est rendue à six reprises en Birmanie depuis le début de son mandat en juin 2014. Lors de ces visites, l’accès à certaines régions du pays lui était toutefois refusé, les autorités invoquant des questions de « sécurité », selon l’ONU.

« Le gouvernement a maintes fois nié que des violations des droits de l’homme se produisent en Birmanie, en particulier dans l’État Rakhine. Ils ont dit qu’ils n’avaient rien à cacher, mais leur manque de coopération avec mon mandat et la mission de l’ONU suggère le contraire », a conclu Yanghee Lee.

Par Dorian Malovic - La Croix avec Agence France Presse - 20 décembre 2017