En Thaïlande, les prochaines élections générales promises pour novembre 2018 s’organisent. Dans cette perspective, le chef du Conseil national pour l’ordre et la paix (CNOP, nom officiel du gouvernement en place), le général premier ministre Prayut a annoncé mardi 19 décembre que de nouveaux partis politiques pourront être créés mais que ceux déjà existants n’auront pas le droit de fonctionner pleinement avant juin 2018. Un processus démocratique sous contrôle est ainsi lancé.

Une ouverture politique sous contrôle

Concrètement de nouveaux partis pourront enregistrer leur nom, recruter leurs membres et encaisser leurs cotisations, élire leur leader et leur bureau exécutif. Toutefois, ils devront obtenir le feu vert du CNOP pour être reconnus et autorisés à fonctionner. On ne connaît pas encore les critères généraux retenus pour obtenir cette autorisation.

En dépit de cette ouverture politique, le général Prayut a précisé que les 69 partis politiques existant à ce jour ne seront pas encore autorisés à tenir leur assemblée générale mais auront le droit de refaire un recensement précis de leurs anciens membres.

Le CNOP n’autorisera tous les partis politiques (anciens et nouveaux) à mener leurs activités politiques normales qu’au lendemain de la promulgation d’une nouvelle loi sur les élections qui devrait être présentée en juin 2018.

À partir de cette date tous les partis politiques auront 150 jours pour se préparer aux élections générales qui se tiendront normalement en novembre 2018.

Des élections en novembre 2018

Clairement la junte militaire thaïlandaise avance avec prudence, craignant de voir de nouveaux troubles éclatés dans le pays comme en 2014. Cette année-là, face à des violences qui ont fait plusieurs morts à Bangkok et dans tout le pays, l’armée thaïlandaise, avec l’accord du roi Bhumibol (décédé le 13 octobre 2016), a organisé un coup d’État militaire.

De nouvelles lois très restrictives ont interdit la moindre activité politique, le rassemblement de groupes politiques dans la rue et la publication d’articles critiques sur la junte. Cette dernière avait promis dès le début que des élections démocratiques seraient organisées, mais de nombreuses dates annoncées ont été sans cesse repoussées.

L’Union européenne attend des « élections crédibles »

Jugeant que la situation générale du pays s’était apaisée, le général Prayut a promis que ces élections se tiendront en novembre 2018. Il semble que le processus annoncé, sous contrôle, soit jugé suffisamment crédible pour que l’UE décide de reprendre des « contacts politiques à tous les niveaux » avec la junte au pouvoir.

Lors de leur réunion mensuelle à Bruxelles, le 11 décembre dernier, les ministres des affaires étrangères de l’UE ont adopté un texte qui « juge approprié de poursuivre un réengagement politique graduel avec la Thaïlande ». Ils ont réitéré en même temps leur « appel à restaurer d’urgence le processus démocratique en Thaïlande par le biais d’élections crédibles et inclusives et le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

Après les élections, et à condition de voir « des améliorations concernant les droits de l’homme », les 28 pays membres de l’UE sont prêts à « approfondir progressivement » leur relation avec la Thaïlande. Ils réclament également en préalable aux autorités thaïlandaises qu’elles « garantissent un environnement politique dans lequel les partis d’opposition et la société civile peuvent fonctionner librement ».

Les 28 envisagent alors de signer « avec un gouvernement civil élu démocratiquement » l’accord de partenariat et de coopération déjà négocié avec Bangkok et de reprendre les négociations d’un accord commercial de libre-échange.

Par Dorian Malovic - 20 décembre 2017