Le général en question, Prawit Wongsuwan, n’avait pas déclaré ces possessions, comme l’exige la loi et, plusieurs semaines après le début du scandale, aucune explication publique n’a été donnée.

C’est tout simplement lors d’une photo de groupe du gouvernement que le général Prawit Wongsuwan s’est fait épingler. Il a levé la main pour se protéger le visage du soleil. Les appareils photos ont crépité, et le lendemain, la photo de cette main, portant une montre Richard Mille de 100 000 euros et une bague sertie d’un diamant du même montant, était à la Une des journaux et partout sur les réseaux sociaux.

Le problème est qu’il y a une loi qui oblige tous ceux qui entrent dans un gouvernement à déclarer l’ensemble de leurs biens. Vérification faite, le général Prawit, numéro deux de la junte et vice-Premier ministre, n’avait déclaré ni la montre, ni la bague.

Depuis, les journalistes ont consulté leurs archives photos. Ils ont trouvé que le général Prawit possédait pas moins de onze montres de grand luxe, pour un total d’environ 400 000 euros. Aucune de ces montres n’a été déclarée.

Onze montres de luxe

Cette controverse peut sembler anecdotique mais, en fait, elle affecte beaucoup la crédibilité de la junte. La raison en est que les généraux ont justifié leur prise de pouvoir en mai 2014 par la lutte contre la corruption des gouvernements élus. Depuis plus de trois ans, ils n’ont fait que répéter qu’ils allaient se montrer impitoyables contre la corruption. Or, quand un scandale de corruption affecte l’un des membres de la junte - et il y en a eu un certain nombre -, les généraux minimisent le problème en disant qu’il s’agit d’une question personnelle.

Mais, cette fois-ci, les Thaïlandais commencent à réagir et le général aux onze montres est devenu la risée du public. Il faut dire qu’il a aussi été révélé qu’il possédait au moins 2,3 millions d’euros de biens, alors que son salaire mensuel est de 2 800 euros.

La chute de la popularité du régime militaire dans les enquêtes d’opinion atteste du sentiment croissant de lassitude desThaïlandais par rapport à ce gouvernement à la fois autocratique et très peu transparent.

Rien de public

La commission anti-corruption a entamé une enquête. Elle a reçu une lettre d’explications du numéro deux de la junte concernant la possession non déclarée de ces montres mais elle refuse pour l’instant de rendre public le contenu de cette lettre. Beaucoup de Thaïlandais doutent que cela aille très loin.

Jamais les militaires impliqués dans des affaires de corruption n’ont été sanctionnés. Dans le cas des montres, le chef de la commission anti-corruption a longtemps été un subordonné du général concerné. Or, en Thaïlande, les relations d’allégeance priment sur l’application du droit.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 1er Janvier 2018