Le Monde s'en gausse moins et le qualifie de dirigeant "inquiétant".

Il faut dire que le goût prononcé du désormais baptisé Rama X pour les maitresses aussi dévêtues que lui et les mariages de courte durée, levant facilement la main sur ses femmes, mais aussi ses caprices à faire pâlir le tout-Hollywood engendrent une polémique depuis plusieurs années dans le Royaume. Une polémique au creux de l'oreille : hors de question, pour un Thaïlandais, de critiquer sa monarchie ouvertement, sous peine d'être jugé selon l'article 122 du code pénal, quinze ans de prison à la clé.

En juillet 2016, l'Allemagne découvre Maha Vajiralongkorn et n'en croit pas ses yeux. Sur le tarmac de l'aéroport de Munich, débarquant d'un vol Lufthansa, le futur roi, loin de ses palais dorés et en bonne compagnie, porte des claquettes (sans chaussette) ainsi qu'un jean taille basse. Dans son dos, un grand tatouage. C'est le journal Bild qui obtient le cliché avant qu'un deuxième ne soit diffusé. On y aperçoit l'homme se promenant, ventre à l'air, dans un magasin munichois en - autre - bonne compagnie.

Rama X aime les animaux. Son caniche préféré, Foo Foo, terminait les repas mondains à table et a été nommé... maréchal de l'air. Quand celui-ci a rendu les armes à l'âge de 17 ans, quatre jours de deuil national ont été décrétés. Mais Rama X aime surtout la Bavière. Cela fait plusieurs années qu'il y fuit la Thaïlande, monarchie dont le futur politique est devenu incertain avec la détérioration de la santé du papa, Rama IX, un dirigeant qui s'est bien moins exhibé, décédé en octobre 2016 après 70 ans de règne. L'événement provoque le retour du fils au pays... pour quinze petits jours. La nation devra porter son deuil seule. Le 1er décembre 2016, Maha Vajiralongkorn est proclamé roi, mais il n'est pas pressé de se faire couronner. On parlait de la fin d'année 2017. Ce sera en fait pour mars 2018. Peut-être.

Le Monde craint un règne "brutal", avec un roi qui téléscope ses ordres depuis son havre de paix allemand.

Par Nicolas Lowyck - La Libre Belgique - 6 janvier 2018


Rama X, l’inquiétant nouveau roi de Thaïlande

Maha Vajiralongkorn est un homme à femmes, imprévisible et colérique, qui diffère son couronnement et préfère vivre en ­Bavière. Son règne pourrait être très brutal.

Les Allemands ne prêtaient pas vraiment attention à sa présence jusqu’à ce jour de juillet 2016 où le tabloïd Bild a publié des photos de lui sur les pistes de l’aéroport de Munich. Il y apparaît vêtu d’un débardeur couvrant à peine la moitié de son ventre et d’un jean tombant sur le bas des hanches, laissant deviner dans son dos un immense tatouage.

C’est en Bavière, bien loin de Bangkok, de ses palais et de la sulfureuse réputation qu’il s’y est bâtie que l’héritier du trône de Thaïlande a passé le plus clair de son temps ces dernières années, alors que son père, Bhumibol Adulyadej, était alité et que ses sujets, l’armée et toute l’élite politique craignaient l’inexorable dénouement. Couronnement en mars ?

Il eut lieu le 13 octobre 2016, après soixante-dix ans et 126 jours de règne. Maha Vajiralongkorn rentre alors au pays avant de le quitter à nouveau quinze jours plus tard. Les habitants de l’ex-royaume de Siam porteront le deuil de Rama IX, son nom dynastique, pendant un an. Jusqu’à sa crémation, le 26 octobre 2017. S’il a été proclamé roi le 1er décembre 2016, Maha Vajiralongkorn doit maintenant se faire couronner. Mais quand ? « Vers la fin de l’année » 2017, croyait savoir le vice-premier ministre Wissanu Krea-Ngam. Il n’en a rien été, car au sein du gouvernement, nul ne peut prédire quand l’héritier du trône se décidera à signer le décret. On parle désormais du mois de mars 2018.

La personnalité de Maha Vajiralongkorn est un sujet sensible dans le royaume. Son caractère irascible, ses caprices, ses mariages, répudiations et maîtresses sont un secret de Polichinelle en Thaïlande, mais il n’en est pas moins tabou. Et gare à celui qui le brise. L’article 112 du code pénal menace d’une peine allant jusqu’à quinze années d’emprisonnement quiconque se risquerait à critiquer la monarchie ou même à évoquer la problématique royale. (...)

Par Harold Thibault - Le Monde - 5 janvier 2018