Les affrontements se sont intensifiés depuis la mi-décembre 2017 entre les militaires birmans et les groupes rebelles armés dans l’Etat Kachin et l’Etat Shan, un autre théâtre de tension avec l’Etat d’Arakan où a eu lieu la répression de l’armée contre la minorité musulmane des rohingyas.

Dans l’Etat Shan, au nord-est de la Birmanie, 1240 personnes sont arrivées dans les camps de déplacés internes depuis la fin du mois de décembre, selon des sources locales officielles. Des personnes à qui il faut fournir des couvertures, des rations de riz, des vêtements.Selon les organisations d’aide sur place, la plupart de ces déplacés sont des femmes et des enfants. Ils ont pris la fuite après les affrontements du 27 décembre dernier : des violences entre l’armée birmane, et l’Armée de Libération Nationale Ta’ang, un des groupes rebelles armés qui combat dans l’Etat Shan.

Dans l’Etat voisin du Kachin, plus au nord, c’est un peu moins de 200 personnes qui ont aussi pris la fuite et ont rejoint les camps de déplacés internes. Les combats se sont intensifiés en décembre entre les militaires birmans et l’Armée de l’indépendance Kachin. Les forces birmanes ont déclaré, il y a quelques jours, avoir utilisé des armes lourdes sur les camps de cette rébellion. Des zones qui sont en tout cas très difficiles d’accès pour les médias, les diplomates et les ONG.

Des affrontements récurrents, une situation humanitaire inquiétante

Dans l’Etat Kachin, un état dont la population est à majorité chrétienne, il y a plus de 100 000 déplacés internes donc de personnes qui ont fui leurs maisons, leurs activités à cause des violences. Là-bas, les combats ont repris en 2011, après 17 ans de cessez-le-feu avec l’Armée pour l’indépendance kachin. Elle réclame une plus grande autonomie.

Le Kachin, c’est une région qui a de nombreuses ressources naturelles, comme par exemple le jade, une pierre précieuse. Le contrôle des mines attirent les convoitises. Dans l’Etat Shan aussi, où de nombreux groupes ethniques armés se disputent le territoire, les combats sont récurrents. Dans cet Etat, la production d’opium est toujours très importante, même si elle est en baisse selon l’ONU. Ces combats se déroulent alors que la troisième conférence de Panglong du XXIe siècle est prévue à la fin du mois en Birmanie.

La paix, mais avec qui ?

Les discussions de paix ne concernent pas tout le monde dans le pays. L’Armée de Libération Nationale des Ta’ang, dans l’Etat Shan n’a, par exemple, pas eu le droit de participer aux dernières conférences de paix. Les militaires birmans refusent en effet de négocier tant que la rébellion ne dépose pas les armes. Une rébellion qui comme l’Armée pour l’indépendance kachin n’a pas signé l’accord de paix de 2015. Ces deux organisations sont regroupées au sein d’une coalition, qui veut négocier comme un seul et même interlocuteur avec les autorités birmanes que des représentants ethniques accusent de vouloir diviser pour mieux régner.

Par Eliza Hunt - Radio France Internationale - 9 janvier 2018