Entretien avec Vu Van Tam

Les Nouvelles calédoniennes : Les affaires de « blue boats » se placent au cœur de votre visite. Quelles mesures comptent prendre les autorités vietnamiennes pour stopper la pêche illégale ? Je remercie tout d’abord le gouvernement calédonien d’avoir bien traité les pêcheurs vietnamiens interpellés. Par ailleurs, des opportunités de coopération dans le domaine de l’aquaculture vont peut-être aussi se présenter à l’avenir. Les infractions causées par les pêcheurs vietnamiens sont vraiment regrettables, les deux gouvernements, vietnamien et calédonien, ne souhaitent pas ce genre de délit. Nous sommes en train de discuter avec les pays de la zone Asie-Pacifique pour trouver des solutions et stopper cette pêche illégale.

Quels types de solution ? Le gouvernement vietnamien a prévu quatre mesures. Tout d’abord, modifier les règles sur la pêche, notamment sur la pêche illégale. La loi sur l’exploitation des produits de la mer a été modifiée et approuvée en 2017 par l’Assemblée nationale. En outre, nous sommes en train de prévoir neuf recommandations de l’Union européenne, à la suite de la réception du « carton jaune » (*) l’an passé. Et ce, afin d’apporter des solutions concrètes et de recevoir le « carton vert ».

Quand ? Nous espérons lever le « carton jaune » avant le 30 juin 2018, en ce qui concerne l’infraction de pêche illégale.

Troisième voie, nous allons augmenter la force de surveillance et de contrôle au large, par le renfort de la garde maritime et des équipes de police aux frontières. Et outre le renforcement de dispositions aux ports, notamment pour identifier l’origine des produits, nous allons imposer un équipement pour tracer les itinéraires des bateaux de plus de quinze mètres. Enfin, nous renforçons la coopération internationale avec les pays qui ont des façades maritimes. Par exemple, nous avons déjà signé un accord avec les Philippines, la Chine, et l’Australie. Et bientôt, avec la Thaïlande, le Cambodge et Palau. Nous venons ici aujourd’hui pour discuter avec les autorités calédoniennes, pour établir un accord, mais aussi pour ouvrir le potentiel d’exploitation dans le secteur de l’aquaculture, parce que le Vietnam est très fort dans l’élevage et l’exploitation des produits de la mer. Nous espérons toujours une coopération durable, bien organisée, réciproque.

Pensez-vous à la création d’une filière entre le Vietnam et la Nouvelle-Calédonie ? Tout dépend des ressources naturelles de chaque pays, mais aussi de la politique appliquée.

Comment expliquez-vous la présence de ces pêcheurs pirates en Calédonie ? Le marché des holothuries est-il très lucratif au Vietnam ? Il y a plusieurs causes (à la pêche illégale, NDLR). Premièrement, cette pratique touche les « pêcheurs-villageois » qui manquent de connaissances sur la loi maritime internationale. Deuxième raison, les ressources des produits de la mer sont surexploitées au Vietnam. Il n’y a pas suffisamment de produits pour ces petits pêcheurs ou « pêcheurs-villageois ». Troisième point, il y a trop d’ambition d’occupation sur la zone maritime autour du Vietnam. La province de Quảng Nam (**) se trouve en face des archipels occupés maintenant par les Chinois qui chassent les pêcheurs vietnamiens. Pêcheurs qui sont obligés de partir plus loin.

Pourquoi ces pêcheurs de la province de Quảng Nan ont commis ces infractions dans les eaux calédoniennes ? C’est le berceau des plongeurs. Et les holothuries sont des espèces très rares au Vietnam et sont vendues très cher sur le marché. Le gouvernement a déjà prévu l’interdiction d’exploitation mais aussi de commercialisation des holothuries sur le marché vietnamien. Si des réseaux sont identifiés, leurs membres seront traduits en justice.

(*) La Commission européenne a adressé, fin octobre dernier, un « carton jaune » au Vietnam au sujet de la pêche illégale. Sans réaction positive, le pays pourrait être identifié comme « non coopératif » et se voir interdire l’exportation de ses produits de pêche vers l’Europe, un marché important. Dans ce but, nous renforçons aussi les ateliers de formation sur les règles de pêche dans les zones nationale et internationale. Nous avons prévu l’augmentation des sanctions financières : dix fois plus par rapport à l’ancienne formule. Nous allons par ailleurs divulguer la liste des navires qui commettent des infractions de pêche illégale dans les eaux étrangères.

(**) une province de la région de la côte centrale du Sud du Vietnam

Par Yann Mainguet - Les Nouvelles Calédoniennes - 10 janvier 2018