La police a ouvert le feu mardi 16 janvier sur une foule de bouddhistes qui tentait de s’emparer d’un bâtiment officiel dans l’Etat de Rakhine, tuant sept manifestants et blessant treize autres, a indiqué la police birmane mercredi.

« Les forces de sécurité ont demandé à la foule de se disperser et ont tiré des coups de semonce dans le ciel avec des balles en caoutchouc. Mais sans effet. Alors la police a tiré à balles réelles pour avertir et disperser les gens », a expliqué Myo Soe, porte-parole de la police birmane. « Sept personnes ont été tuées et treize blessées à Mrauk U », a-t-il ajouté, précisant que 20 policiers avaient également été blessés par des jets de pierres. Mercredi matin, le calme était revenu dans la ville, a-t-il ajouté.

Eruption de violence

Mrauk U se situe dans l’Etat de Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie, région sous très haute tension depuis l’été dernier et le début d’une campagne de répression de l’armée birmane, qui a poussé plus de 650 000 membres de la minorité musulmane des Rohingya à fuir au Bangladesh. Les Nations unies et les ONG évoquent une « épuration ethnique ».

C’est l’interdiction d’une manifestation de nationalistes, soucieux de commémorer l’ancien royaume d’Arakan (précédent nom de l’Etat de Rakhine) bouddhiste, qui a déclenché la colère de la foule. Cette éruption de violence dans une zone épargnée par les troubles récents contre les Rohingya, où vivent principalement des bouddhistes, a éclaté quelques heures après la signature par le Bangladesh et la Birmanie d’un accord pour le rapatriement des Rohingya qui ont fui le pays.

Sous la pression de la communauté internationale, alarmée par les conditions de vie des Rohingya, le gouvernement birman a promis de rapatrier les réfugiés s’ils peuvent prouver qu’ils habitaient auparavant en Birmanie.

Le Monde avec Agence France Presse - 17 janvier 2018


Birmanie. Sept manifestants nationalistes bouddhistes tués lors d'une émeute

Sept manifestants nationalistes bouddhistes ont été tués, ce mardi, par la police birmane, dans l'ouest du pays.

La police birmane a ouvert le feu ce mardi soir dans l'ouest du pays sur une foule de nationalistes bouddhistes en colère, tuant sept manifestants dans une région sous très haute tension, théâtre de violences contre les musulmans rohingyas. "Les forces de sécurité ont demandé à la foule de se disperser et ont tiré des coups de semonce dans le ciel avec des balles en caoutchouc. Mais sans effet. Alors la police a tiré à balles réelles pour disperser les gens", a expliqué l'AFP Myo Soe, porte-parole de la police birmane. "Sept personnes ont été tuées et treize blessées à Mrauk U", a-t-il ajouté, précisant que 20 policiers avaient également été blessés par des jets de pierres.

"Grave traumatisme"

Ce mercredi matin, le calme était revenu dans la ville et la police a été déployée dans les rues, a-t-il précisé. Un hôpital de la ville voisine de Sittwe a confirmé avoir pris en charge mercredi matin six blessés. "Cinq d'entre eux ont des blessures par balles et le sixième semble avoir été battu. Ils sont actuellement en salle d'opération", a déclaré à l'AFP Khing Maung Than, médecin à l'hôpital de Sittwe.

C'est l'interdiction d'une manifestation de nationalistes, soucieux de commémorer l'ancien royaume Rakhine bouddhiste, qui a déclenché la colère de la foule. Les quelque milliers de personnes rassemblées malgré tout ont lancé des slogans réclamant "la souveraineté de l'Etat Rakhine" avant de s'en prendre à un bâtiment officiel. "C'est un crime. Nous aimerions savoir qui a donné l'ordre de tirer", s'est insurgé auprès de l'AFP Hla Saw, député de la région de Mrauk U. "Ils n'osent pas tirer sur les terroristes mais tirent sur des gens de l'ethnie Rakhine car ils ne les considèrent pas comme des êtres humains", a-t-il ajouté, estimant que cet incident pourrait représenter un "grave traumatisme" pour la région.

Violences intercommunautaires

Ancienne capitale de ce royaume, Mrauk U se situe en Etat Rakhine, dans l'ouest de la Birmanie, région sous très haute tension depuis l'été dernier et le début d'une campagne de répression de l'armée birmane, qui a poussé plus de 650.000 membres de la minorité musulmane des Rohingyas à fuir au Bangladesh. Les Nations unies et les ONG évoquent une "épuration ethnique".

La région, qui est l'une des plus misérables du pays avec un taux de pauvreté qui atteint 78%, est gangrenée par la haine entre les communautés bouddhistes et musulmanes. C'est d'ailleurs quelques heures après la signature par le Bangladesh et la Birmanie d'un accord pour le rapatriement des Rohingyas qui ont fui le pays, que ces violences ont éclaté. Sous la pression de la communauté internationale, alarmée par les conditions de vie des Rohingyas, le gouvernement birman a promis de rapatrier les réfugiés s'ils peuvent prouver qu'ils habitaient auparavant en Birmanie. Mais ce retour s'annonce très compliqué car de nombreux villages de Rohingyas ont été brûlés et les réfugiés - tout comme les ONG - accusent des milices bouddhistes d'avoir pris par aux exactions aux côtés de l'armée (viols, meurtres, tortures).

Ce mardi, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres s'est d'ailleurs dit inquiet des conditions de retour. "Le pire serait de déplacer ces personnes de camps au Bangladesh vers des camps en Birmanie", a-t-il averti. Les violences dans l'Etat Rakhine ont débuté fin août par des attaques de postes de police par la rébellion de l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA), qui dénonce les mauvais traitements subis par cette minorité. Mais l'Etat Rakhine est aussi le siège d'autres conflits: les combats entre l'Arakan army, groupe rebelle bouddhiste, et l'armée birmane se sont récemment intensifiés.

Pour l'analyste indépendante Gabrielle Aron, ces violences pourraient être le début d'une nouvelle éruption d'affrontements intercommunautaires. "Mrauk U est l'un des zones où les tensions intercommunautaires ont été très fortes depuis le mois d'août", explique-t-elle. "Tout va maintenant dépendre de la façon dont les forces de sécurité vont réagir à cet incident".

Le Télégramme - 17 janvier 2018