Plus récemment, une douzaine de temples auraient détourné un million et demi d’euros. Autant d’incidents qui soulèvent l’inquiétude de l’opinion publique, mais aussi celle des autorités, car le clergé bouddhiste est sous l’autorité de l’Etat et est financé par ce dernier.

Les détournements de fonds constituent le plus gros de ces affaires qui entachent les tuniques des moines. En Thaïlande, le clergé bouddhiste est sous l’autorité de l’Etat et est financé par lui. Chaque année, le gouvernement donne environ 110 millions d’euros aux 40 000 temples du pays, notamment pour la rénovation des bâtiments et pour la promotion des activités religieuses. Il a été révélé récemment qu’une douzaine de temples auraient détourné un million et demi d’euros de cette somme, avec la complicité de hauts-fonctionnaires. L’enquête est en cours, mais ce n’est pas la seule affaire, loin de là.

La principale manne financière vient des donations : un peu plus de 3 milliards d’euros par an. Et il y a très peu de transparence financière sur l’utilisation de ces donations ; ainsi certains moines les ont par exemple utilisées pour s’offrir des voitures de luxe ou même des avions privés.

Un plus grand contrôle des donations ne fait pas l’unanimité

La loi thaïlandaise demande en principe aux temples d’envoyer au gouvernement un rapport financier annuel. Mais dans la plupart des cas, celui-ci est fait par des proches des abbés des temples, de manière non professionnelle. Et ces rapports sont le plus souvent inutilisables. Des politiciens ont proposé des projets de loi visant notamment à ce que des audits professionnels aient lieu systématiquement pour l’ensemble des temples du royaume.

Pour l’instant, ces propositions n’ont pas abouti, même la junte est prudente sur le sujet. La grande majorité des 300 000 moines bouddhistes du pays sont très réticents à ce que les rentrées massives d’argent provenant des donations soient examinées par les autorités. Certains temples ont en effet bâti des fortunes colossales grâce à ces donations, comme le célèbre temple Dhammakaya, au nord de Bangkok, qui est dans le viseur de la junte au pouvoir.

Les temples en concurrence, le marketing comme arme

Le rapprochement entre le bouddhisme et l’argent s’est considérablement accéléré dans les années 1970 et 1980, quand la Thaïlande est entrée de plain-pied dans l’ère du consumérisme. Dans le bouddhisme thaïlandais, le fait de donner de l’argent au temple, par exemple pour la construction de bâtiments, permet au donateur laïc d’acquérir des mérites pour une vie future, dans un système qui peut être comparé au système d’indulgences qui régnait en Europe au Moyen-Âge.

Les temples jouent habilement là-dessus en lançant de grands projets, par exemple la construction de statues géantes du Bouddha, pour attirer les donations. Quand on circule en province, on est frappé par les affiches commerciales installées par ces temples, qui promeuvent tel ou tel projet, avec des messages loin d'être très nuancés comme : « si vous faites une donation, la fortune vous sourira à l’avenir. »

Les temples sont en concurrence agressive les uns avec les autres sur ce marché des donations, utilisant toutes les ficelles du marketing. Ce qui peut sembler un peu étrange si l’on se réfère à l’idéal de simplicité et de dénuement du bouddhisme originel.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 19 février 2018