Parmi eux, celui de la pollution de l'air. En ville, on se protège de plus en plus le visage avec des masques en tissu aux heures de pointe. Sauf que les masques chirurgicaux empêchent la propagation de maladies mais ils ne filtrent pas bien les particules fines. Une seconde entreprise vient de lancer des masques, cette fois conçus pour filtrer la pollution.

L'entreprise Must Air organisait sa soirée de lancement dans un bar de la capitale le week-end dernier. Sa fondatrice italienne Lara Grosso habite depuis quelques mois au Cambodge. Avec ses masques conçus pour filtrer l'air, elle cherche à répondre à deux problèmes liés au développement du pays : celui de la déforestation et celui de la pollution de l'air. Pour un masque acheté, elle plante un arbre.

« Je revenais de Siem Reap en bus et je me suis rendue compte qu'il n'y avait plus aucun arbre sur certaines collines, notamment à cause des concessions faites à des entreprises étrangères, raconte l'entrepreneuse. Je voulais faire quelque chose de durable par rapport à ce problème. Les arbres nettoient l'air que nous respirons comme les masques anti-pollution. En particulier pour les villes comme Phnom Penh où il n'y a aucun arbre. Je pense que tous les conducteurs de moto le sentent. »

Urbanisation galopante

Alors que Phnom Penh s'étend, que les ventes de véhicules et les projets immobiliers fleurissent dans la capitale, les espaces verts demeurent rares. C'est d'ailleurs en observant ce genre d'évolution que l'on peut se faire une idée du problème: dans de nombreux pays en développement, peu d'études sont conduites sur la pollution dont les causes sont nombreuses.

A Phnom Penh, l'urbanisation galopante est visible. Il y est presque impossible de trouver un quartier, voire une rue, sans immeuble en cours de démolition ou de construction. Ce qui constitue une source importante d'émission de poussières nocives. Par ailleurs, les générateurs électriques sont encore nombreux dans le pays et l'utilisation du charbon ou du bois diminue mais reste courante dans les foyers.

Enfin, la pollution liée aux transports risque également de s'accentuer. En 2016, 3,2 millions véhicules motorisés étaient enregistrés au Cambodge, dont 2,7 millions de motos. C'est 14% de plus par rapport à 2015. Des efforts sont faits pour limiter l'importation de véhicules d'occasion plus polluants, mais il y a de plus en plus de voitures neuves dans la capitale. Une augmentation qui va à l'encontre d'un développement du service de transport public déjà très limité à Phnom Penh avec trois lignes de bus.

Des mesures compliquées

Pour autant, ce problème est difficilement quantifiable car jusque-là les données n'ont pas été régulièrement collectées. Depuis avril 2017, un capteur a été installé à Phnom Penh pour relever le niveau de particules fines dangereuses pour l'homme. Mais en juin dernier, les premiers résultats étaient disputés. Le taux relevé, sans être bon, n'avait rien d'alarmant. Sauf que le capteur est installé près de la rivière, un point où l'air circule plus facilement, ce qui pourrait fausser les résultats.

Dans ce cadre, difficile de mettre en place une vraie politique de santé publique ou même d'en évaluer l'impact. Selon l'Organisation mondiale de la santé, en 2012, 3 millions de morts prématurées étaient liées à la pollution de l'air dont 90% dans des pays à faibles ou moyens revenus comme le Cambodge. Cela représentait entre 7 000 et 20 000 morts. Dans le pays, le taux de décès lié à la pollution de l'air par an serait équivalent à celui de ses voisins thaïlandais et vietnamien, pourtant plus développés.

Par Juliette Buchez - Radio France Internationale - 22 février 2018