Les moines bouddhistes et les laïcs birmans appelant à agir contre les moines indisciplinés qui ternissent l’image de la religion, majoritaire en Birmanie. Ashi Ariya Wun Tha Bhiwun Sa, un moine bouddhiste du monastère de Myawaddy Sayadaw, à Mandalay dans le nord du pays, affirme que c’est le devoir de tout moine de critiquer les moines qui se comportent, ainsi que tous ceux qui répandent les messages de haine : « Rester silencieux revient à soutenir leur comportement, donc nous devons élever la voix. Le fait de critiquer un moine ouvertement ne révèle pas une communauté divisée ; c’est un effort pour maintenir le bouddhisme Theravada branche ancienne du bouddhisme. » Le moine, impliqué dans des activités interreligieuses, critique publiquement le groupe bouddhiste extrémiste Ma Ba Tha, et invite à agir contre tous les moines qui enfreignent les règles. Pour lui, l’influence de Ma Ba Tha s’estompe à mesure qu’ils perdent le soutien des moines et du public. « Nous nous battons pour la vérité et nous allons défier ouvertement les moins nationalistes, pour que leurs voix ne puissent se répandre davantage et pour chasser le nationalisme », assure Ariy Wun Tha.

Intervention du State Sangha, haute instance bouddhiste

Le ministre de la Culture et des Affaires religieuses, Thura Anug Ko, a demandé à l’instance bouddhiste dirigeante d’agir contre les moines concernés et contre les novices qui troublent la région : « Des moines se sont montrés irrespectueux des règles religieuses. Cela pourrait abîmer l’image du bouddhisme et ce serait dangereux pour la religion. C’est pourquoi je demande du Sangha Maha Nayaka plus haute autorité du clergé bou... d’agir pour y mettre fin. » Le rassemblement annuel du State Sangha Maha Nayaka le « Conseil des grands maîtres d..., dont les membres sont nommés par le gouvernement et qui régit le clergé bouddhiste, a eu lieu à Rangoon l’ancienne capitale birmane les 20 et 21 février. Le conseil, composé de 47 moines, a évoqué le code de conduite et les questions religieuses et éducatives. Le président bateau Sayadaw Dhaddanta Kumarabhivamsa a souligné l’urgence de mieux faire appliquer les règles religieuses par les monastères, les moines et les novices. Ashi Tayza Wuntha, un moine originaire du monastère de Pe Pin à Mandalay, confie qu’il attend de voir si les déclarations du Ma Ha Na se transforment en actions concrètes : « Je ne pense pas que le gouvernement agira de manière brutale, car cela causerait des problèmes inutiles au sein du public et de la communauté des moines. »

La Birmanie compte 520 356 moines

Le moine ajoute qu’un moine ultranationaliste, U Wirathu, qui défend ouvertement le nationalisme avec des mots très durs, reçoit beaucoup de critiques de la part du public. Myint Swe, un laïc bouddhiste et président du groupe interreligieux Religions for Peace, affirme que des moines ne respectent pas les règles religieuses : « Le gouvernement poursuit une stratégie sur le long terme, et veut faire un pas après l’autre afin de freiner peu à peu les messages de haine et diminuer l’influence des nationalistes. Pour les affaires religieuses, c’est un sujet sensible, c’est pourquoi le gouvernement semble prendre des précautions dans sa manière d’agir. » Selon les statistiques de Warso Sangha, la Birmanie compterait 520 356 moines. Le State Sangha a interdit au moine U Wirathu de prêcher pour une durée d’un an depuis le 10 mars 2017. En protestation, U Wirathu, avait alors scotché sa bouche durant une célébration dans un village de la région d’Ayeyarwaddy. L’ultranationaliste bouddhiste et le discours antimusulman de U Wirathu ont de plus en plus d’influence, dans un pays où la majorité bouddhiste a beaucoup de respect pour les moines. Ces discours anti-musulmans ont contribué à attiser les émeutes qui ont éclaté en Birmanie en 2013 et 2014. Le moine U Wirathu a salué les hommes accusés d’avoir prémédité l’assassinat, en janvier 2017, de Ko Ni, un avocat musulman réputé en Birmanie, en désignant les assassins comme des défenseurs de la race et de la religion birmanes. Selon un rapport du groupe de réflexion bruxellois International Crisis Group, publié en septembre 2017, s’il faut que le gouvernement birman que continue de lutter activement contre les discours de haine et les incitations à la violence, il semble peu probable que cela suffira à se débarrasser du vaste problème du nationalisme bouddhiste et de groupes tels que Ma Ba Tha.

Par John Zaw - Agence Eglise d'Asie / Ucanews - 27 février 2018

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