Reporters sans frontières (RSF) condamne les pressions exercées sur elle et sa famille, et appelle les autorités à mettre un terme à la vague de répression qui touchent les acteurs de l’information, sans quoi Hanoi va devoir en payer les conséquences.

Elle s’était rendue à Hanoi pour célébrer avec la fête du Têt, le nouvel an vietnamien, en compagnie de sa mère. La police de la capitale en a profité samedi pour débarquer au domicile de celle-ci sans le moindre mandat et enlever la journaliste Pham Doan Trang, à qui a été décerné il y a deux semaines le prix Homo Homini, remis chaque année à Prague pour honorer les défenseurs des droits humains.

Reconduite chez elle après 23 heures de détention, elle est désormais placée de facto en résidence surveillée, avec l’électricité et l’Internet coupés, et des agents de sécurité déployés tout autour de l’appartement. Selon les policiers venus l’arrêter, elle aurait été interpellée pour “travailler” avec eux sur la question du livre qu’elle vient de publier, intitulé “Chính Trị Bình Dân” (“La politique pour tous”). Les agents de la sécurité publique lui ont défendu de quitter son domicile, précisant qu’elle allait à nouveau devoir “travailler” avec eux dans les prochains jours. Un avertissement funeste qui laisse penser à Pham Doan Trang qu’elle sera formellement arrêtée dans les prochains jours.

“Arrestation arbitraire et mise en résidence surveillée sans la moindre procédure... Les autorités vietnamiennes ne s’embarrassent même plus de camoufler leur répression de la liberté de la presse avec les habituels vernis de la légalité, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. L’arrestation d’une journaliste comme Pham Doan Trang, reconnue internationalement pour son courage et la qualité de ses publications, représenterait un degré supplémentaire dans la course que se livrent les officiels vietnamiens pour étouffer les voix libres. La communauté internationale doit immédiatement en tirer les conséquences.”

RSF appelle notamment les parlementaires européens à geler la ratification de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam, qui devait initialement être votée courant 2018 pour entrer en vigueur à la fin de l’année. Après le vote d’une résolution d’urgence en décembre dernier, l’Europe se déshonorerait si pareil accord était adopté avec un Etat qui est devenu ces derniers mois l’un des pires prédateurs de la liberté d’informer.

L’ONU ne dit d’ailleurs pas autre chose, qui a publié il y a quelques jours un communiqué dans lequel plusieurs rapporteurs spéciaux exigent la libération des journalistes citoyens qui tentent d’informer la population sur les questions d’environnement et de santé publique.

Au début du mois, le blogueur Hoang Duc Binh a été condamné à quatorze ans de prison pour avoir retransmis sur les réseaux sociaux, il y a un an, la vidéo d’une marche de pêcheurs voulant déposer plainte contre l’usine à capitaux taïwanais Formosa, responsable d’un des pires désastres écologiques qu’a connu le Vietnam. Selon le tribunal qui l’a jugé au cours d’une audience expresse, diffuser cette information d’intérêt public s’appellerait “abuser de sa liberté démocratique pour porter atteinte à l’Etat”.

Le Vietnam stagne au bas du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2017, à la 175e place sur 180 pays.

Reporters Sans Frontière - 27 février 2018