Deux tiers des 90 partis politiques enregistrés en Birmanie représentent des groupes ethniques originaires de l’un des sept états ethniques du pays. Ils espèrent une meilleure représentation au parlement birman.

Les partis politiques correspondant aux états birmans Kachin et Karen, fondés sur l’appartenance ethnique, veulent fusionner afin d’améliorer leurs chances de succès aux élections nationales de 2020. Manam Tu Ja, président du Kachin state democracy party (KSPD - parti démocrate de l’état Kachin), annonce que son parti rencontrera le public fin mars afin d’exposer son programme. « Le public attend depuis longtemps que les partis ethniques s’unissent. En agissant ainsi, nous écoutons leurs demandes. De cette façon, nous pouvons éviter de diviser les votes entre nos différents électorats. Les gens peuvent ainsi voter plus facilement » déclare Manam Tu Ja, ancien vice-président de la Kachin independence organization (KIO – organisation pour l’indépendance kachin), la branche politique de la Kachin independence army (KIA – armée pour l’indépendance kachin). « Les électeurs, y compris parmi les minorités, ont donné leur voix à la National league for democracy (NLD – ligue nationale pour la démocratie) dans l’espoir de provoquer un changement après des décennies sous l’autorité de la junte militaire » reprend-il. « Mais les gens appartenant aux différentes ethnies ont retenu la leçon. Ils sont prêts à voter pour des partis ethniques. » Dans l’état Kachin, le parti démocrate de l’état kachin (KSPD), le Kachin national congress (KNC – Congrès national kachin) et le Kachin democratic party (KPD – parti démocratique kachin) ont accepté de fusionner. Ils doivent désormais officialiser cette décision et décider d’un nouveau nom de parti et d’un logo. Le KSPD a également proposé à quatre autres partis de se joindre à cette fusion.

90 partis politiques en Birmanie

Dans l’état Karen, le Karen democratic party (parti démocratique Karen), le Karen democracy and development party (parti Karen démocratie et développement) et le Karen national democratic Party (parti national démocratique Karen) ont également fusionné et se sont enregistrés auprès de la commission électorale (Union election commission) en tant que Karen national democratic party. Saw Myint Ktwe, l’un des responsables du KNDP ainsi formé, confie que le parti prépare actuellement son programme politique et sa constitution. « Nous intensifions notre travail en prévision des élections de 2020, car nous avons entendu les voix de l’ethnie Karen qui nous ont pressé d’unir tous les partis politiques de l’état Karen. Nous sommes convaincus que les partis ethniques peuvent obtenir beaucoup de sièges et œuvrer pour le développement des peuples ethniques », affirme Saw Myint Ktwe. Sur environ 90 partis politiques enregistrés en Birmanie, les deux tiers représentent des groupes ethniques originaires de l’un des sept états ethniques du pays. Les partis représentant ces ethnies ont subi de lourdes pertes aux élections nationales de 2015, quand la lauréate Nobel Aung San Suu Kyi, du parti NLD, s’est imposée contre l’Union solidarity and development party (USDP – parti de l’union, de la solidarité et du développement), affilé à la junte. Le NLD a gagné 390 sièges sur 664 dans les chambres hautes et basses du parlement. Les militaires ont remporté, quant à eux, 25 % des sièges et ont gardé le contrôle des ministères de l’intérieur, de l’immigration et de la défense. Les petits partis ethniques ont remporté 57 sièges. Gin Kam Lian, député de la chambre haute pour le Zomi congress for democracy party (Congrès « Zomi » pour la démocratie) de l’état Chin, avoue qu’il n’y a pas encore de négociation de leur côté pour une fusion, mais qu’il compte parler aux différents partis pour éviter que les votes de l'ethnie Chin ne soient divisés. « Que nos partis politiques fusionnent ou non, le principal est de pouvoir négocier et de mettre en place une stratégie, afin d’obtenir des sièges aux parlements régionaux et nationaux », espère Gin Kam Lian. Cela dit, le Chin national party (parti national Chin) et le Chin progressive party (parti progressiste Chin) ont fusionné et espèrent faire venir la Chin league for democracy (Ligue Chin pour la démocratie).

Pour une meilleure représentation

Sai Aik Paung, président du Shan nationalities democratic party (Parti démocratique des nationalités Shan), affirme être en faveur d’une union avec la Shan nationalities league for democracy (SNLD – ligue des nationalités Shan pour la démocratie). « Les moines et toute l’ethnie Shan veulent que les deux partis s’unissent pour devenir plus forts, et ainsi pouvoir concourir aux côtés de grands partis comme le NLD ou le USDP. Mais le SNLD ne nous a pas encore répondu », déclare Sai Aik Paung. Les politiciens de l'ethnie Shan soutiennent que le NLD n’obtiendra pas, en 2020, de victoire écrasante, la majorité de la population étant déçue par sa politique économique et par sa façon de gérer le processus de paix. « Les voix des ethnies, aujourd’hui silencieuses dans un parlement dominé par le NLD, seront mieux entendues après les élections de 2020. Nous espérons bien obtenir plus de sièges », renchérit Sai Aik Paung. La première tentative de fusion du SNDP et du SNLD, avant les élections de 2015, avait échoué. Les unions entre partis ethniques ont fait l’objet de longs débats durant des décennies. Mais ces fusions ont été peu populaires durant les élections de 1990 et 2010. Le Rakhine nationalities development party (RNDP – parti des nationalités rakhines pour le développement) et l’Arakan league for democracy (ALD – ligue arakane pour la démocratie) ont fusionné avec succès en 2014 et ont remporté la majorité des circonscriptions de l’état Rakhine en 2015. Mais depuis, l’Arakan national party (parti national arakan) s’est divisé, d’anciens membres du RNDP étant accusés d’avoir tenté d’écarter des membres de l’ALD.

Par John Zaw - Ucanews / Agence Eglise d'Asie - 6 mars 2018