Tous les ans, l’office du tourisme de la Thaïlande organise un concours un peu particulier, ouvert aux candidats du monde entier : le "Thailand Extreme Makeover". La récompense ? Un séjour dans un complexe hôtelier thaïlandais et, surtout, une dizaine d’opérations de chirurgie esthétique gratuites, des dents au ventre en passant par la poitrine.

Ce concours, financé par l'Etat et les plus grands hôpitaux du pays, a pour but de promouvoir la Thaïlande comme le paradis de la chirurgie esthétique. Initialement spécialisée dans les opérations de changement de sexe, l’industrie de la chirurgie esthétique s’est développée depuis plus de dix ans dans le pays et est d'abord destinée aux Thaïlandais eux-mêmes.

De nouvelles lèvres à 250 euros

Pour les jeunes, il s’agit, à bas prix, de se rapprocher des canons de la beauté occidentale. Dans n’importe quelle échoppe de la capitale, des jeunes filles se font apposer un nez "Barbie" pour moins de 200 euros, ou se lancent dans une augmentation mammaire dont le prix ne dépassera pas 1 500 euros.

Anukanda Pittayarat, une employée de banque de 25 ans, est une adepte de la chirurgie esthétique. Elle énumère fièrement ses opérations de "beautification", comme elle dit. "Le menton, les paupières et, tout récemment, les seins." Elle rêve dorénavant d’une lipoplastie, un lifting des lèvres. Anukanda désigne même la forme exacte qu’elle désire, dans le catalogue de la clinique Lelux, très présente sur les réseaux sociaux (plus d’un million de "j'aime" sur sa page Facebook). Cela tombe bien, il y a des soldes en ce moment. A peine 250 euros les nouvelles lèvres, une réduction de près de 50% par rapport au tarif habituel.

Estimé à plus de 2 milliards d’euros annuels, le marché de la chirurgie plastique thaïlandaise est florissant. Officiellement, il existe 1 258 cliniques de chirurgie plastique dans le pays. Mais, selon l’Association des chirurgiens esthétiques de Thaïlande, il y en aurait dix fois plus, rien qu’à Bangkok !

Des milliers de cliniques non certifiées

Car la législation thaïlandaise est relativement floue en la matière. Normalement, un chirurgien esthétique doit justifier d'une spécialisation de cinq à sept ans, mais aucune loi n’empêche un médecin généraliste ou tout autre praticien d'effectuer des actes de chirurgie n'ayant pas de lien avec sa spécialité. "Ce flou dans la réglementation permet tous les excès. il est facile de s’improviser chirurgien, une fois que la clinique est ouverte, déplore le docteur Chayut, un chirurgien certifié. Aucun patient ne va vérifier que le médecin qui l’opère possède bien un diplôme !"

Au grand dam de l’Association des chirurgiens esthétiques de Thaïlande, qui fait des recommandations sur son site. "Il y a seulement quelques centaines de vrais chirurgiens certifiés, bien moins que les milliers de cliniques de chirurgie esthétique installées", affirme l’association. "Certains étrangers ont eu de graves complications après leur opération. Vérifiez que votre médecin est réellement un spécialiste", alerte-t-elle.

En 2014, une Britannique de 24 ans est morte sur la table d’opération d’une clinique, à Bangkok. La police a découvert que le médecin qui était à la tête de cet établissement n’était pas chirurgien. Les plaintes concernant des actes de chirurgie esthétique auprès de l’Office de protection des consommateurs sont en hausse constante : on en comptait 36 en 2013, 373 en 2015.

Des séjours combinés plage-chirurgie

Malgré ces risques, les prix, ultra-attractifs, poussent beaucoup de Français à sauter le pas. Tous les ans, ils seraient ainsi plusieurs milliers à choisir le royaume pour des actes de chirurgie esthétique. Certains tours-opérateurs proposent même des séjours qui combinent une opération de chirurgie et une semaine dans un hôtel, sur une plage idyllique.

C’est la formule qu’a choisie Véronique, une Marseillaise qui préfère rester anonyme. "J’ai passé une semaine à Phuket après mon opération des seins, c’était le rêve. Cela m’a fait oublier un peu la douleur." Cette jeune commerciale, complexée par sa petite poitrine, a choisi la Thaïlande pour ses tarifs imbattables. "J’ai payé à peine 2 500 euros. La même opération m’aurait coûté au minimum le double en France."

Dernière mode : la reconstruction vaginale

Un Français a eu l’idée de venir prendre le seul créneau encore libre : celui de la beauté masculine. Il y a un an, le docteur Richard Diacakis a ouvert à Bangkok une clinique réservée aux hommes. Injections de Botox, médecine anti-âge et, surtout, augmentation pénienne, la clinique He ("il", en anglais) ne désemplit pas. "Quatre-vingts pour cent de la clientèle est composée d’expatriés ou d’étrangers qui viennent d’Europe, des Etats-Unis ou des Emirats. Le reste, ce sont des riches Thaïlandais, stars de la télévision ou du cinéma."

Un succès lié, selon lui, à ce qu’il appelle "la French touch". "A Bangkok, il y a plus de cliniques que de médecins, il y a donc un problème de crédibilité. La 'French touch', cela sécurise les patients étrangers comme les Thaïlandais", se félicite le chirurgien, qui partage son temps entre Bangkok et Paris. Le docteur Diacakis ne regrette pas son choix. "Ici, c’est l’eldorado de la chirurgie esthétique. C’est le kiff, c’est magique ici. Tout est possible."

L’appétit des Thaïlandais pour la chirurgie esthétique ne semble en effet n'avoir aucune limite. La dernière opération à la mode est la reconstruction vaginale. Elle propose aux femmes de retrouver leur sexe d’adolescente, à coups de bistouri et d’injections de graisse. L'opération, dit la publicité, est "sans aucun danger". Et elle coûte à peine 1 200 euros.

Par Lionel de Coninck - franceinfo / France Télévisions - 8 mars 2018