"Ce que je vois, c'est une société au bord de l'effondrement", a confié à l'AFP Thanathorn Juangroongruangkit, novice en politique de 39 ans qui s'occupait jusqu'à présent de la gestion du groupe familial, Thai Summit.

Il évoque les coups d'Etat à répétition, les profondes inégalités sociales et le manque d'indépendance de la justice.

"Il y a de fortes chances que je me retrouve en prison... Mais c'est un risque que je suis prêt à prendre", a-t-il ajouté.

Depuis le coup d'Etat militaire de mai 2014 contre le dernier gouvernement civil, plusieurs hommes politiques de premier plan ont eu affaire à la justice. parmi eux, Yingluck Shinawatra, la Première ministre dont le gouvernement a été renversé: elle vit en exil en Angleterre pour échapper à une condamnation largement dénoncée comme politique.

Avant elle, son frère Thaksin, lui aussi Premier ministre, a choisi la voie de l'exil pour échapper à une affaire de corruption qu'il juge politique.

Baptisé "Future forward" ("en avant l'avenir"), l'émergence du parti de Thanatorn est très commenté en Thaïlande, faisant les titres des journaux depuis des jours.

Alors que l'opposition traditionnelle, notamment le Puea Thai des Shinawatra, est en mauvaise posture, avec ses figures de proue en exil, ce nouveau venu suscite tous les espoirs des militants du retour à la démocratie.

Thanatorn "donne de l'air frais", "il n'a pas de bagage politique, pas d'affaire de corruption" contre lui, s'enthousiasme Pavin Chachavalpongpun, politologue en exil et pourfendeur de la junte.

Plusieurs dizaines de partis nouvellement créés se sont enregistrés en vue des élections promises début 2019, après plusieurs reports.

Parti démocratique du Siam, parti pour l'unité de la Thaïlande... la plupart des nouveaux entrants sont des novices en politique venus du milieu des affaires, du milieu universitaire, mais aussi plusieurs partis créés par des agriculteurs du nord et du sud du pays et même une star de Youtube.

La vie politique thaïlandaise était dominée depuis près de 20 ans par le Puea Thai qui a remporté toutes les élections nationales depuis 2001, mais est aujourd'hui affaibli.

Depuis leur arrivée aux manettes, les militaires craignent un retour au pouvoir de la famille Shinawatra, leur bête noire.

Certains analystes n'hésitent pas à voir en Thanatorn le "nouveau Thaksin", millionnaire entré en politique et devenu très populaire dans les zones rurales grâce notamment à ses programmes d'aide sociale.

Agence France Presse - 15 mars 2018


Un parti suscite l'espoir d'une nouvelle page pour l'histoire de la Thaïlande

Un souffle de renouveau dans la politique thaïlandaise. Un jeune homme d’affaires a lancé, ce jeudi 15 mars 2018, un nouveau parti politique, le « Future Forward ». Il vise la jeune génération et prône la réconciliation politique, après près de quinze ans de conflits intenses. Les experts pensent que ce nouveau parti pourrait jouer un rôle significatif lors des élections prévues en février prochain.

Pour beaucoup de Thaïlandais, qui sont lassés de voir les vétérans de l’armée et les caciques de la politique dominer la scène, le lancement du parti Future Forward est une lueur d’espoir. Son fondateur, Thanathorn Juangroongruangkit, est l’héritier de l’une des plus grosses firmes thaïlandaises, active dans le domaine des pièces détachées automobiles. Mais surtout, il a le désir de renouveler le monde politique compassé du royaume. Pour cela, il a fait appel à des artistes, à des juristes pro-démocratiques et à des militants des droits de l’homme.

Lors de la conférence de presse de lancement du parti à Bangkok, Thanathorn Juangroongruangkit s’est clairement positionné : il a dénoncé ceux qui gouvernent par les armes. Une allusion claire à la junte, qui a saisi le pouvoir lors d’un coup d’Etat en 2014. Certains experts pensent que ce parti a ce qu’il faut pour séduire la nouvelle génération, et même pour faire bonne figure lors des élections, en principe prévues pour février prochain. Il se distingue en tout cas des autres nouveaux partis qui, pour la plupart, se sont rangés derrière les militaires.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 15 mars 2018