Vendredi, cinquante ans après, il a commémoré le drame au côté de vétérans américains.

C’était le 16 mars 1968. Au total, 504 villageois, la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées, ont trouvé la mort ce jour-là. La plupart des victimes du massacre ont été abattues par des soldats à pied, le fait qu’elles aient pu être confondues avec des combattants vietcongs depuis un hélicoptère était donc exclu.

Cong avait trouvé refuge ce jour-là, avec sa mère, son frère et sa soeur, dans le bunker de sa maison, quand les hélicoptères ont commencé à bombarder les rizières alentour. Des soldats américains ont ensuite attaqué le bunker de la famille à la grenade et ont abattu tout le monde, sauf Cong, alors âgé de onze ans. Ce n’est que plusieurs heures plus tard que son père l’a découvert, sonné par l’explosion de la grenade, au milieu des cadavres de sa mère et de ses frère et soeur.

Les Américains sortaient de l’offensive du Têt, une opération Vietcong menée en pleine trêve du Nouvel an lunaire 1968 qu’ils avaient fini par contrôler mais qui avait ébranlé le moral de leurs troupes.

«Je me consacre à protéger la mémoire du massacre, pour que les gens soient conscients de la brutalité de l’armée américaine», explique Cong à l’AFP, au mémorial de guerre rappelant le massacre.

Les noms des 504 victimes sont gravés dans la pierre du monument et continuent de hanter les nuits de celui qui a consacré sa vie à la préservation de la mémoire du drame, en tant que directeur du musée du site.

«Quand cela me revient, je ne dors pas bien la nuit. Les souvenirs reviennent, la douleur, la perte de ce que j’étais et de ma famille. Et cela me rend très triste», témoigne celui qui a pris sa retraite l’an dernier mais reste hanté par les violences subis par le village de Son My, appelé My Lai par les Américains pendant la guerre.

«Mais maintenant, il s’agit de regarder vers l’avenir et le développement du pays (...). Le passé est dans le passé, nous ne voulons pas nous accrocher à la guerre», assure Cong.

Le Vietnam a aujourd’hui fait la paix avec l’ancien ennemi. Les deux pays ont normalisé leurs relations en 1995 et sont devenus d’importants partenaires commerciaux.

Cette année, le gouvernement communiste a commémoré les 50 ans du massacre sur le site du mémorial, où avaient été invités des vétérans américains.

- Trois millions de morts -

«Nous rendons hommage aux esprits des défunts et prions pour qu’aucun endroit sur cette planète n’expérimente la même douleur que Son My», peut-on lire sur la plaque commémorative dévoilée vendredi.

«Cela me fait encore souffrir de penser que nous avons fait cela», soupire parmi les vétérans présents Frank Corcoran. Lui était stationné pendant la guerre sur la base voisine de Danang.

«ça a été un carnage complet, ce que nous avons vu dans ce village», se souvient le photographe de l’armée américaine Ronald Haerbele, qui a fait le déplacement vendredi au Vietnam pour la commémoration du drame.

Ses photos du massacre, publiées pour certaines dans le magazine Life dès 1969, ont joué un rôle important dans la mobilisation de l’opinion publique américaine contre la guerre.

Le massacre a été révélé par le journaliste d’investigation américain Seymour Hersh, mais il a fallu plusieurs années pour que toute la lumière soit faite sur le mieux documenté de plusieurs abus de masse commis par les GIs au Vietnam.

Aujourd’hui, malgré les trois millions de morts côté vietnamien dans la guerre, le souvenir du massacre semble bien loin pour la plupart des jeunes Vietnamiens, dans ce pays de 93 millions d’habitants dont la moitié a moins de 30 ans.

Dans cette région agricole pauvre, où les habitants survivent de la pêche et de l’agriculture, se souvenir du passé n’est pas la priorité.

«Notre vie est dure (...). Nous avons des soucis, de nombreuses familles vivent dans le besoin», se lamente Nguyen Ngoc Long, qui n’avait que deux ans lors du massacre.

Agence France Presse - 16 mars 2018