Cinq millions de touristes s'y rendent chaque année. Une surfréquentation aux conséquences dramatiques : pollution, embouteillages, détérioration du site.

Le parc archéologique d’Angkor s'étend sur 400km² de forêt tropicale. Il recèle les précieux vestiges des différentes capitales de l’Empire khmer qui rayonna du IXe au XVe siècle. Angkor Vat (XIIe siècle), le plus grand et le mieux préservé des temples monumentaux d’Angkor, est aussi le plus visité. Une fréquentation touristique en hausse qui s'avère parfois dévastatrice pour ce site inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1992.

Cinq millions de visiteurs

Sur le site, le flux de touristes est incessant. En 2017 on comptabilisait cinq millions de visiteurs, un chiffre exponentiel qui pourrait atteindre 10 millions en 2025. Si le temple d'Angkor Wat rencontre le plus de succès, dans les autres temples c'est le même constat. Bayon et ses visages sculptés dans la pierre ressemblent parfois à un parc d'attractions bondé. Plus loin, Ta Prohm, édifice célèbre pour ses arbres géants qui ont inspiré Hollywood, connaît le même succès.

Des temples qui tombent en ruine

Un succès qui peut s'avérer dévastateur, d'après le guide d'un groupe de Français. "Des millions de touristes qui marchent sur les racines, ça les tue", explique-t-il. S'ensuit l'effondrement de murs entiers qui étaient soutenus par les arbres. "On est tristes de voir notre culture menacée et abîmée", confie le guide impuissant face à une situation contradictoire. Angkor est donc victime de son propre succès. Dans certains endroits, la restauration est en cours et l'accès au temple est complètement fermé au public. Il y a pour le moment une dizaine de chantiers sur tout le site d'Angkor.

Punir des comportements inacceptables

En janvier 2015, trois touristes français et deux sœurs américaines avaient été expulsés du Cambodge pour s'être photographiés nus dans un des temples du complexe. Ils avaient été condamnés à six mois de prison avec sursis et interdits de séjour au Cambodge pendant quatre ans, a rapporté l'AFP. En janvier dernier, 10 touristes britanniques ont été arrêtés à Siem Reap pour s’être adonnés à des "chansons et des danses pornographiques". Reconnu "coupable de pornographie", l'organisateur de cette "fête" illégale a été condamné à une année de prison avec sursis.

Lassées par ces comportements irrespectueux, les autorités cambodgiennes ont décidé d'agir. D'ici quelques mois, des règles devraient être mises en place pour limiter le nombre de visiteurs ; peut-être des quotas par jour ou des créneaux horaires pour chaque temple. L'autorité cambodgienne qui gère le site n'a pas encore pris de décision. "Il faut trouver un compromis pour préserver les temples et conserver des visites authentiques pour les visiteurs", souligne le directeur général adjoint du bureau du tourisme.

À l'origine, seuls les prêtres et non des millions de visiteurs pouvaient venir au sommet des temples. À l'avenir, les amoureux d'Histoire devront donc se plier à de nouvelles règles pour avoir une chance de visiter le plus grand site archéologique du monde.

Par Odile Morain - Radio Franceinfo - 24 mars 2018