Un projet d’amendement a été proposé par la Ligue nationale pour la démocratie, le parti de la dirigeante Aung San Suu Kyi. Mais la société civile dénonce une menace pour les libertés démocratiques.

Un des changements prévus par ce projet de loi concerne ceux qui soutiennent financièrement les manifestations. Le gouvernement veut que leur identité (leur nom, leur adresse) soit déclarée aux autorités, ainsi que le montant de leur soutien. Autre proposition : une peine de deux ans de prison pour ceux qui soutiennent – financièrement ou non – une manifestation qui menace « la sécurité, la tranquillité et la morale publique ».

Des changements à l’initiative de la Ligue nationale pour la démocratie qui durcissent une loi que ce parti au pouvoir avait pourtant lui-même assouplie. Depuis 2016 en effet, plus besoin de demander une autorisation avant un rassemblement. Il faut seulement informer les autorités 48 heures à l’avance de sa date et son lieu.

Un projet d’amendement controversé

Dans le pays, les critiques viennent d'abord de la société civile, pour qui le flou autour des termes « morale publique » par exemple, risque de faciliter les arrestations arbitraires. Près de 230 groupes ont signé une déclaration commune contre ces amendements. Et début mars à Rangoun, plusieurs centaines de personnes sont aussi descendues dans la rue pour dénoncer une atteinte aux principes démocratiques.

Cette opposition vient aussi du parti soutenu par l’armée qui lorsqu’il était au pouvoir, a d’ailleurs utilisé cette loi pour arrêter des activistes. Les députés proches des militaires dénoncent notamment l’obligation de révéler le nom de ceux qui financent un rassemblement. Ces militaires soutiennent parfois les manifestations nationalistes du pays, qui se sont multipliées ces derniers mois.

Les rassemblements nationalistes à l'origine du changement de loi

Depuis que la Ligue nationale pour la démocratie est au pouvoir, les nationalistes manifestent régulièrement dans le pays. Ils accusent le gouvernement de ne pas assez protéger l’identité bouddhiste, comme en août dernier par exemple, dans plusieurs villes du pays.

Avec la crise dans l’Etat d’Arakan, dans l’ouest de la Birmanie, des nationalistes sont aussi descendus dans la rue pour soutenir l’armée birmane et ses actions contre la minorité musulmane des Rohingyas. Les militaires sont accusés par l’ONU de nettoyage ethnique. Une pression interne supplémentaire pour un gouvernement qui doit déjà faire face aux critiques venant de la communauté internationale.

Par Eliza Hunt - Radio France Internationale - 26 mars 2018