Depuis mai 2014, les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits, empêchant les partis politiques de fonctionner normalement. Même durant le référendum sur la Constitution en 2016, il était interdit de faire campagne. Mais à quelques mois des élections, la pression sur la junte est de plus en plus grande. "Il est prévu de lever l'interdiction en juin ce qui permettra aux nouveaux partis d'être prêts", a expliqué à l'AFP Kongcheep Tantravanich, le porte-parole du ministère de la Défense.

Mercredi, lors d'une réunion de la commission électorale, les partis avaient demandé des clarifications mais aussi la permission de faire campagne librement, une confirmation de la date du scrutin et la garantie que les élections seraient transparentes. La vie politique thaïlandaise est dominée depuis près de 20 ans par le parti Puea Thai, qui a remporté toutes les élections nationales depuis 2001. Il est aujourd'hui affaibli par l'exil de ses principaux chefs, Yingluck et Thaksin Shinawatra, pour échapper à des poursuites qu'ils jugent politiques.

Verrouillage institutionnel

Pour la première fois en public depuis la fuite de Yingluck Shinawatra en août, ils sont tous les deux apparus à Tokyo lors d'une soirée de lancement d'un livre d'un ancien ministre japonais. Depuis leur arrivée aux manettes, les militaires craignent un retour au pouvoir de la famille Shinawatra, leur bête noire. D'où, selon les analystes, le peu d'entrain des militaires à organiser un scrutin. Après le coup d'Etat de 2006, les Shinawatra étaient en effet revenus au pouvoir dès les premières élections organisées.

Les militaires ont donc cette fois-ci davantage préparé le terrain: la nouvelle Constitution leur assure maintenant un verrouillage institutionnel: le Sénat, où plusieurs sièges sont réservés aux militaires, sera entièrement nommé et aura un contrôle sur le Parlement. La Constitution contient également une disposition qui permet au Parlement d'installer un premier ministre non-élu, un scénario qui intéresserait, selon les analystes, le chef de la junte, Prayut Chan-O-Cha.

Le Figaro avec Agence France Presse - 30 mars 2018