Pays en voie de développement, le Vietnam se retrouve confronté à plusieurs enjeux : concilier une démographie et une économie en pleine expansion, un essor énergétique, tout en s'inscrivant pleinement dans la course aux énergies durables, afin de faire face au changement climatique et ses conséquences. Car le Vietnam fait partie des dix pays qui le subissent le plus, avec des prévisions pessimistes : recrudescence des typhons, élévation des températures et montée des eaux qui pourrait faire disparaître une partie du pays, notamment celle des deltas du Mékong.

Actuellement, le pays compte 90 millions d'habitants et voit sa croissance démographique augmenter d'un million d'habitants par an. Et les besoins énergétiques s'en font ressentir, avec une croissance annuelle de 11% par an en moyenne. Le gouvernement est au fait de ce problème et a demandé l'année dernière, un rapport sur les perspectives énergétiques du pays, remis à Hanoï le 20 septembre 2017. Un rapport né de la coopération entre le ministère de l'Industrie et du Commerce vietnamien et le ministère danois de l'Energie, de l'Approvisionnement énergétique et du Climat. Thomas Egebo, le secrétaire d'Etat de ce dernier, a ainsi précisé qu'"en se basant sur les prévisions macroéconomiques de la croissance économique et les besoins énergétiques du pays, ce texte encourage le gouvernement à mettre en place des politiques pour développer l'énergie électrique, dont la production n'est pas très polluante, tout en intensifiant l'exploitation des sources d'énergie renouvelable et en optimisant la consommation d'énergie dans le pays".

Une transition qui passe par le gaz naturel

Il y a encore 25 ans, une grande partie du pays n'était pas reliée à l'électricité, contre seulement 1% aujourd'hui (dans certaines campagnes et régions montagneuses). Tant et si bien qu'en 2020, la demande en électricité représentera 75 GW par an et le double en 2030. Le gouvernement avait prévu que cette production provienne à 56% des centrales de charbon, 8% du nucléaire et 13% du gaz naturel, mais cette situation est peu encline à la protection de l'environnement. "Les énergies fossiles se raréfient de plus en plus et sont polluantes (…). La stratégie de développement des énergies renouvelables s'impose plus que jamais", précise Tran Viet Ngai, président de l'Association de l'énergie du Vietnam. Mais pour le moment, ces énergies ne sont pas assez exploitées, tandis que l'Assemblée nationale vietnamienne a voté l'arrêt de son programme de construction de centrales nucléaires en novembre 2016. Le pays ne compte que trois fermes éoliennes, des projets d'énergie solaire photovoltaïque encore peu suffisants (pour les 6% d'électricité produite par cette énergie visée par le gouvernement en 2030) et des aménagements peu optimisés du réseau d'hydroélectricité… Seule l'énergie biomasse tire son épingle du jeu, représentant 50% de la consommation d'énergie dans tout le pays et devenant ainsi une priorité.

Mais c'était sans compter sur les réserves importantes de gaz naturel dans le pays, qui peuvent limiter les émissions de gaz à effet de serre, d'autant que les turbines à gaz sont rapides et moins onéreuses à mettre en place qu'une centrale de charbon, nucléaire ou d'énergie renouvelable. Elles représentaient en 2013, 32,6% de la production (et importation) d'électricité du pays. Et à long terme, ce gaz naturel d'origine fossile, pourra être remplacé par le biogaz, en renfort aux parcs solaires et éoliens ou pallier aux situations peu venteuses ou peu ensoleillées. Une solution de transition certes, mais la plus efficace, en ayant en tête que ce gaz fossile sera substitué par du gaz vert issu de la méthanisation ou méthanation ou même donnera de l'hythane, un combustible innovant, fruit de la combinaison du gaz naturel avec de l'hydrogène. Ainsi, dans le cas du Vietnam, s'il était opté une association des énergies de gaz naturel et renouvelables, les émissions de gaz à effet de serre diminueraient de 25% en 2030 et 50% en 2050.

Des accords internationaux pour le développement du gaz naturel

Cette solution semble se concrétiser, comme le prouvent les accords signés avec EDF le 27 mars 2018 par Nguyen Phu Trong, le secrétaire général du parti communiste vietnamien, en visite officielle à Paris. EDF devient ainsi le chef de projet de la nouvelle centrale à gaz liquéfié du pays, d'une puissance estimée à 2 000 MW, à hauteur d'1,5 milliard d'euros. Cette centrale verra le jour entre 2023 et 2028 à Son My, dans la province de Binh Thuân, dans le sud du pays. EDF exploite déjà une centrale de deux cycles combinés gaz d'une puissance de 715 MW depuis 2005, à Phu My, à travers sa filiale Mekong Energy Company. Pour celle à venir à Son My, EDF bénéficiera du leadership, avec une part de 37 ,5% sur son exploitation, en partenariat avec les groupes japonais Sojitz et Kysushu et le vietnamien Pacific Corporation. "Ce projet accompagne la transition énergétique du Vietnam, mais aussi le respect des Accords de Paris sur le climat" a précisé Marianne Laigneau, directrice exécutive de l'international d'EDF.

D'autres partenariats internationaux ont également été signés ou sont en passe de l'être. On se souvient d'un programme de biogaz à la ferme lancé dès 2003 avec l'aide des Pays-Bas, ou plus récemment, le 24 mars dernier, des accords avec Oman dans la péninsule d'Arabie, afin d'exploiter le gaz naturel vietnamien dans les années à venir. Preuve s'il en était que le pays songe véritablement axer sa transition énergétique sur le gaz naturel, tout en exploitant la richesse de ses énergies renouvelables.

Par Pierre marnier - Notre-planete.info - 4 avril 2018