Cet événement, à l'initiative de la structure Cambodian Living Arts, va permettre « de faire rayonner les arts et la culture du Cambodge », en France. Son directeur artistique, Jean-Baptiste Phou, nous a donné les clés et les prémices de ce mois consacré au Royaume.

lepetitjournal.com/Cambodge : Pourquoi organiser ce festival ? Quels en sont les objectifs ?

Jean-Baptiste Phou : Après Season of Cambodia à New York au printemps 2013, la prochaine destination en tête de ce grand rendez-vous culturel organisé par Cambodian Living Arts était Paris. De par l’histoire, les liens entre la France et le Cambodge étant très forts et cela est reflété par la forte présence de Cambodgiens en France. De même, la scène culturelle parisienne est particulièrement dynamique et riche.

Avec Season of Cambodia, notre ambition est de faire rayonner les arts et la culture du Cambodge, tout en offrant une exposition internationale à la créativité et à la diversité de son expression actuelle. Nous souhaitons entre autre toucher les Cambodgiens de France en leur offrant un regard contemporain sur leur pays d’origines, que nombreux ont quittés dans des conditions difficiles et aussi permettre à la nouvelle génération de maintenir un lien à travers la culture. Au-delà de la diaspora cambodgienne, nous espérons également toucher tous les passionnés et curieux de l’Asie et des scènes artistiques et culturelles internationales.

Y a t’il une ligne directrice commune à tous les événements qui seront organisés ?

Nous avons choisi comme titre pour le festival : Cambodge, d’hier à aujourd’hui, et toute la programmation tourne autour de cette thématique. Il s’agit de montrer la créativité et la vivacité artistique du pays aujourd’hui. Bien qu’en lien avec le passé – parfois glorieux, parfois tragique – cette création est résolument ancrée dans le présent.

Dans ce pays où la population est particulièrement jeune, il est intéressant d’entendre ce que la jeunesse a à dire, que ce soit par le cinéma, les arts visuels… La voix des « maîtres » sera aussi entendue, car les générations précédentes continuent de s’exprimer et de créer. A ce sujet, nous pouvons noter que ceux de ces générations antérieures continuent d’innover, comme Rithy Panh avec la création scénique Bangsokol ou la Princesse Norodom Buppha Devi avec Métamorphoses et ne sont pas dans une démarche « passéiste ». Enfin, il y une belle part de la programmation dédiée à la diaspora basée en France, dont nombreux continuent de maintenir un lien avec le pays d’origine, que ce soit par les traditions mais aussi la création artistique.

Avez-vous déjà réalisé des opérations de promotion de l’événement au sein de la communauté khmère en France, ou même pour les passionnés d’art et de culture sur place ? Quels sont les premiers retours ?

La communication vient à peine d’être lancée ! En France, nous travaillons avec l’association Samaki Kohn Khmer qui va faire le relais avec les autres associations, la communauté cambodgienne et tous ceux qui gravitent autour. Nous espérons qu’il y aura un engouement et que les personnes viendront nombreuses. D’ailleurs, certains spectacles sont déjà complets…

Les lieux parisiens que vous avez choisi pour accueillir l’événement ont-ils une signification particulière ? Pensez-vous que, pour un festival pareil qui dure un mois, les lieux, de par leur histoire, font partie intégrante des événements ?

Nous avons cherché à avoir à la fois des lieux symboliques liés au Cambodge, mais pas que. Certains lieux sont prestigieux tels que la Philharmonie, le siège de l’UNESCO ou le Musée Guimet qui a un lien historique évident avec le Cambodge. Deux mairies se sont également associées au festival, qui comptent de fortes populations cambodgiennes : Le 13ème arrondissement de Paris et Lognes. Il y a d’autres lieux que fréquente la diaspora cambodgienne tels que la Pagode de Vincennes ou encore la Maison du Cambodge. Enfin, il y a des lieux culturels sans lien particulier avec le Royaume, mais intéressés par sa scène artistique, notamment les galeries d’arts. Au final, sous sommes très heureux d’avoir une telle pluralité de lieux : 15 au total entre Paris et sa banlieue !

Qu’est-ce qui pourra vous faire dire, début juin, que l’événement a été un grand succès ?

Une façon de mesurer le succès sera par l’affluence aux différents événements, mais surtout aux mélanges des publics et des générations. Nous espérons que l’offre variée de la programmation – spectacles, conférences, projections, soirées musicales, cérémonies… – va pouvoir atteindre des personnes très différentes, d’origines cambodgiennes ou non, intéressées par cette région du monde ou non. Ce que nous souhaitons, c’est de créer des dialogues et des liens et également d’apporter un autre regard sur le Cambodge au delà des représentations habituelles du génocide ou des temples angkoriens. Si certains se disent au sortir de ces événements : « Je n’aurais jamais imaginé que le Cambodge était un pays aussi dynamique et créatif », nous aurons gagné notre pari !

Par Thibault Bourru - Lepetitjournal.com - 4 avril 2018