L’ancien chef du CNRP a rappelé que les Etats-Unis et l’Union Européenne avaient retiré leur soutien aux élections cambodgiennes, citant des actions gouvernementales considérées comme limitant la démocratie dans le pays, notamment l’interdiction de son parti en novembre, et l’arrestation de son président actuel, Kem Sokha.

“…Le Japon possède un puissant levier pour aider à restaurer le processus démocratique…”, a-t-il déclaré aux journalistes à Tokyo, ajoutant que le gouvernement japonais est “…bien placé pour jouer le rôle d’intermédiaire pour aider à rétablir le dialogue entre les différentes parties cambodgiennes…si le Japon retire son aide pour l’organisation des élections, Hun Sen sera totalement isolé et le Cambodge sera vraiment en difficulté…”.

Malgré les préoccupations internationales croissantes concernant la situation politique, le Japon – qui, avec l’Union Européenne est le plus grand bailleur des élections de 2018 au Cambodge – a déclaré qu’il n’avait pas l’intention de réduire son aide avant le vote.

Le weekend dernier, le ministre japonais des affaires étrangères, Taro Kono, s’est rendu à Phnom Penh pour rencontrer Hun Sen, et a signé des accords avec son homologue Prak Sokhonn, lui accordant plus de 4,6 millions de dollars de subventions et un prêt de 86 millions.

Tandis que Kono exprimait à Hun Sen le souhait du Japon que soit organisé une élection libre et équitable – la position constante du Japon depuis la dissolution du CNRP – il n’a pas soulevé la question de la participation électorale avec le Premier ministre. Le gouvernement cambodgien a exclu à plusieurs reprises les négociations avec le CNRP, notamment la semaine dernière, lorsque le porte-parole du CPP Sok Eysan a déclaré que le dialogue entre les parties était impossible parce que l’opposition avait “…commis une grosse erreur…”.

Quatrième donateur avec un budget annuel de près de dix milliards de dollars, le Japon fournit également au Cambodge diverses aides pour des projets tels que l’amélioration des infrastructures, l’aide humanitaire et le développement des entreprises.

Sam Rainsy a déclaré vendredi que l’aide japonaise au cours des années “…sera perdue si nous ne remettons pas en marche le processus démocratique…” au Cambodge. Il a ajouté que des représentants de la communauté des affaires du Japon lui ont également fait part de ses préoccupations parce qu’ils “…savent que la situation au Cambodge est actuellement très instable…”. “…Nous avons besoin du développement durable et nous avons besoin d’investisseurs japonais, mais les investisseurs japonais hésitent maintenant et pensent qu’il n’est pas possible d’investir dans un tel environnement…”, a déclaré Sam Rainsy, ajoutant que “…la stabilité repose désormais sur la démocratie…nous appelons le gouvernement japonais et le peuple japonais à aider à restaurer le processus démocratique au Cambodge…”.

Le spectre de la Syrie

Alors que Sam Rainsy appelle à la pression du Japon, Hun Sen a exhorté les électeurs à soutenir son parti lors des élections de juillet, les avertissant lors de son discours annuel pour le Nouvel An Khmer au complexe Angor Wat à Siem Reap que, sans son leadership Le Cambodge risque de sombrer dans une guerre civile qui réduirait à néant des décennies de progrès. Il a évoqué le spectre de la Syrie, qui a entamé un conflit prolongé à la suite des appels à la révolution contre le régime du président Bachar al-Assad en 2011.

“…Regardez ce qui se passe en Syrie. Est-il possible pour ce pays de célébrer des événements paisibles comme les nôtres ? La Syrie est déchirée par les conflits … C’est la conséquence de la guerre et elle nous fait apprécier la paix que nous avons aujourd’hui…”, a-t-il ajouté. Vendredi, il a exprimé sa fierté d’avoir œuvré au maintien de la paix en dissolvant le CNRP, qu’il considère comme un “groupe rebelle” qui avait cherché à renverser son régime.

Cambodge Mag - 14 avril 2018