Comment les paludiers de Guérande en Loire-Atlantique peuvent-ils coopérer avec les paludiers de Kampot au Cambodge pour asseoir leur stratégie de promotion des sels artisanaux contre les sels industriels ? C’est l’objet du voyage cambodgien d’Olivier Launay et Ronan Loison, président et directeur général de la coopérative Les Salines de Guérande, ainsi que des représentants d’Univers Sel, association créée pour développer une agriculture durable dans les zones humides et l’échange de savoir-faire entre producteurs.

Olivier Launay a été frappé par les similitudes avec l’expérience qu’a connue Guérande il y a quarante ans : une activité salinicole non valorisée, des zones qui attirent les appétits des promoteurs, des surfaces agricoles qui disparaissent, le défi pour les hommes de vivre de leur travail. « Il y a une prise de conscience qu’il faut préserver ces espaces d’un point de vue écologique mais qu’il faut que ça tienne économiquement. C’est une histoire dont on se sent proches », explique-t-il.

Rémunération et environnement

La production cambodgienne entre 75 000 et 100 000 tonnes par an dépasse les 13 000 tonnes annuelles de Guérande, mais les Guérandais ont des longueurs d’avance dans la gestion de la filière, la création de valeur ajoutée et l’acquisition d’une indication géographique protégée (IGP). Cette appellation européenne qui garantit aux consommateurs l’origine et la qualité des produits fait l’objet de discussions entre les paludiers des deux pays.

Des paludiers qui partagent les mêmes valeurs : une juste rémunération des producteurs et la préservation de l’environnement. « On est convaincus qu’on a plus à gagner en s’ouvrant les uns aux autres », affirme Olivier Launay.

Pour ces visiteurs, la jeunesse et le dynamisme des Cambodgiens sont un atout de même que le soutien des autorités. « On a le sentiment qu’au Cambodge les choses sont prises par le bon bout, confie Ronan Loison. Ils ont un souci de valoriser leur terroir et de rassurer le consommateur sur leur produit. Et les paludiers se posent les bonnes questions sur comment gérer l’IGP, les conflits, les fraudeurs… »

Indications géographiques protégées

En parallèle de ces échanges, la coopérative de Guérande poursuit les réflexions engagées il y a un an avec l’entreprise cambodgienne Confirel afin de proposer une combinaison unique au monde : celle de deux indications géographiques protégées (IGP), le sel de Guérande (attribuée depuis 2012) et le poivre de Kampot (attribuée en 2016).

Rien ne filtre sur la forme qu’elle prendra mais on se souvient qu’il y a deux ans, les Salines de Guérande, jamais à court d’idées, mettaient entre les mains de leurs consommateurs un moulin à sel et à poivre qui signait un de leurs succès commerciaux.

Quant au Dr Ly Hay, fondateur de Confirel et acteur infatigable de la cause du poivre cambodgien, c’est le genre d’homme à avoir une intuition à la minute et à mettre en œuvre ses rêves contre vents et marées. Le cocktail de pragmatisme, de créativité et d’expérience de tous ces protagonistes promet des surprises à nos papilles.

Par Anne-Laure Porée - Ouest France - 16 avril 2018