Le rapport « Revealing the Rainbow », publié mercredi 16 mai 2018, publie un bilan en demi-teinte du respect des droits de la communauté LGBTIQ au Cambodge. « Même síl reste encore beaucoup de travail, on a noté au cours des dernières années une amélioration des droits des personnes LGBTIQ que ce soit par les communautés elles-mêmes ou par les autorités locales, provinciales et nationales », explique Céline Martin, de l’ONG Destination Justice. « Cela est notamment dû au travail intensif d’éducation et de dissémination de plusieurs ONG locales dans les provinces. »

Des célébrations de la fierté gay ont lieu depuis 2003, sans que cela ne suscite d’opposition de la part des autorités. Les défenseurs des droits des personnes LGBTIQ considèrent qu’ils bénéficient d’une plus grande liberté d’expression, le premier magazine gay cambodgien, « Q Cambodia » ayant été lancé en 2015. Srun Srom, de l’association CamAsean Youth’s Future, est « très optimiste concernant l'attitude du gouvernement en matière de questions LGBTIQ ». Les ONG ont par ailleurs noté que le ministère de l’Information avait demandé en 2015 aux médias cambodgiens de respecter de la communauté LGBT.

« Le Cambodge est, avec la Thaïlande et le Vietnam, un des pays les plus tolérants et en avance dans l’Asie du Sud-Est en termes de protection des droits des personnes LGBTIQ », indique Céline Martin. « Le Comité Cambodgien des Droits de l’Homme a récemment décidé de faire de cette thématique une priorité, et nous espérons que l’ensemble des parlementaires et des membres du gouvernement suivront, permettant au Cambodge de prendre le leadership sur cette question dans la région. »

Pourtant, les ONG considèrent que de nombreux progrès restent à faire. Si le Cambodge ne criminalise pas les relations homosexuelles consenties, il n’offre pas non plus de protection juridique aux personnes LGBTIQ. Concrètement, il n’existe pas d’interdiction explicite dans le droit cambodgien de discriminer une personne sur la base de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. En outre, le Cambodge ne reconnaît pas les unions des personnes de même sexe. Toutefois, la création d’une déclaration de vie commune créée par RoCK, reposant sur les principes du droit des contrats et reconnue par les autorités locales cambodgiennes, a permis à certains couples de faire reconnaître leurs familles, et offre certaines protections juridiques, qui ne sont néanmoins pas équivalentes à un partenariat civil, comme le PACS français.

Plusieurs priorités en matière d’action gouvernementale ont été identifiées par les membres de la communauté LGBT : le mariage pour les personnes du même sexe, l’adoption d’enfants pour les parents de même sexe, ainsi que le changement légal de genre sur les pièces d’identité. Ces propositions seront évoquées durant un dialogue national qui aura lieu à la fin du mois et rassemblera plusieurs ministères, la société civile LGBTIQ et plusieurs agences de l’ONU.

Le rapport souligne que de nombreuses lois cambodgiennes - dont la loi anti-kidnapping et la loi contre le trafic d’être humain - sont utilisées pour cibler les membres de la communauté LGBTIQ. De nombreux membres de cette communauté signalent être victimes de harcèlement, passages à tabac et violences sexuelles de la part de la police. Selon Sou Sotheavy, qui dirige l’ONG de défense des transexuelles Network Men Women Development : « Quand ils nous voient marcher dans la rue ils se moquent de nous, nous insultent (...) et nous frappent. »

Rainbow Community Kampuchea et Destination Justice ont créé en 2015 le Guide des droits de l’homme pour les personnes LGBTIQ au Cambodge en 2015 ainsi qu’une vidéo éducative animée expliquant les subtilités de l’orientation sexuelle et l’identité de genre en 2016. Afin d’augmenter la visibilité de la communauté, Destination Justice organise deux fois par mois des Queer Movie Nights au Justice Café en partenariat avec gagaoolala, une plateforme de films LGBTIQs asiatiques. La prochaine Queer Movie Night sera le 23 mai.

Par Pierre Motin - Lepetitjournal.com - 21 mai 2018