Les signataires de la lettre, membres de la coalition internationale Religions for Peace, assurent la population birmane de leurs efforts et de leurs prières pour la paix et la réconciliation du pays.

Le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, s’est joint à d’autres responsables religieux du pays pour publier, le 24 mai, une lettre ouverte au peuple birman qui déclare leur engagement pour la paix en Birmanie, secouée par les conflits, à l’approche de la troisième Conférence de paix de Panglong, qui doit avoir lieu courant juin (la première a eu lieu en août 2016, et la seconde en mai 2017). La lettre a été cosignée par le cardinal Bo et par dix-sept autres membres de la coalition interreligieuse internationale Religions for Peace. Le message de la délégation soutient leur engagement pour la paix et pour la réconciliation en Birmanie, alors que le pays traverse actuellement une série de conflits internes. « Alors que ce pays vit un moment déterminant de son histoire, nous, responsables bouddhistes, chrétiens, hindous et musulmans de la Birmanie et de toute la région, nous venons vers vous dans un élan solidaire, remplis d’espérance pour la paix », commence la lettre, qui a été présentée à Aung San Suu Kyi le 25 mai à Naypyidaw, la capitale birmane. La lettre rejette les abus à caractère religieux ou racial qui divisent la population birmane. Pour la délégation, ces abus vont à l’encontre des principes fondamentaux des traditions religieuses à travers le monde et ne font que véhiculer la haine, la discrimination et la violence. « En tant que dirigeants religieux de Birmanie ou d’ailleurs, dans un effort collectif pour résoudre les conflits intercommunautaires et pour progresser vers la réconciliation, nous voulons transmettre vos prières pour la paix lors de la prochaine ‘Conférence de paix de Panglong du XXIe siècle’», continue la lettre à propos des initiatives locales pour la paix, qui cherchent à mettre fin aux conflits internes que traverse le pays.

À l’approche de la 3e Conférence de paix de Panglong

La lettre poursuit en assurant que la délégation espère contribuer à soutenir la paix et la réconciliation dans le pays. « Nous nous sommes engagés à travailler avec le gouvernement birman et avec d’autres acteurs compétents, afin de cheminer vers un accord national de cessez-le-feu et vers une paix durable, dans l’esprit de l’établissement d’un système démocratique fédéral en Birmanie », ajoute la lettre, qui a également été cosignée par Mgr Gunnar Stalsett, archevêque d’Oslo en Norvège, et par le vénérable Ariya Wun Tha Bhiwun Sa, un moine bouddhiste du monastère de Myawaddy Sayadaw, à Mandalay (dans le nord du pays). « Nous assistons avec douleur à l’escalade des tensions et aux nombreuses personnes déplacées dans les États Kachin et Shan, qui fragilisent toujours plus le processus de paix et de réconciliation », regrettent les signataires, à propos de l’escalade des combats entre l’armée birmane et les rebelles kachin, qui ont entraîné la fuite de milliers de civils.

La lettre souligne également la crise dans l’État de Rakhine et les efforts qui sont réalisés afin de rétablir la situation, avec l’aide des Nations Unies qui ont dénoncé là un nettoyage ethnique. « Des efforts tout à fait louables sont en train d’être réalisés, dont l’accord entre le Bangladesh et la Birmanie pour le retour des réfugiés et l’invitation des Nations Unies pour accélérer le processus. Des efforts qui appellent à travailler avant tout pour la paix, le développement, l’éducation et les Droits de l’Homme pour toutes les communautés dans l’État de Rakhine », exhorte la lettre. La délégation appelle également à un « système international de partage » des ressources, alors que des minorités ethniques se battent pour les ressources birmanes limitées, suggérant une conférence internationale incluant les Nations Unies afin de poursuivre le dialogue.

La conseillère d’État Aung San Suu Kyi a salué l’appel de la délégation à une coopération interreligieuse. Selon elle, les dirigeants religieux du pays peuvent ouvrir la voie à un « progrès pour tous », en encourageant leurs communautés respectives à travailler ensemble et en soutenant une doctrine plus inclusive, à l’écoute de ceux qui sont « laissés pour compte ». La délégation s’est rendue à Rangoun et à Naypyidaw du 22 au 25 mai. Le cardinal Bo et d’autres dirigeants de plusieurs confessions se sont également rendus dans l’État de Rakhine le 27 mai, où ils ont visité des centres d’accueil. Ils ont également rencontré des membres des minorités Rohingya et Mro, ainsi que de la communauté hindoue. En vol, la délégation a pu apercevoir des centaines de villages Rohingya détruits. « Nous gardons l’avenir de toute la population birmane dans nos prières », conclut la délégation.

Agence Eglise d'Asie avec Ucanews - 30 mai 2018