La répression et la criminalisation des lois sur la liberté d’expression apparaît comme une tendance inquiétante dans de nombreux pays d’Asie du Sud-Est.

Les publications, les journalistes, blogueurs et chroniqueurs doivent s’adapter à un milieu de plus en plus hostile s’ils tentent d’exercer leur métier et leur droit à la liberté d’expression.

En avril, le dernier journal indépendant du Cambodge, le Phnom Penh Post, a été vendu à un investisseur malaisien lié au Premier ministre Hun Sen.

Au Cambodge, la liberté de la presse en ruine

Le rédacteur en chef du journal a été limogé dès le premier jour qui a suivi la vente pour avoir refusé de retirer un article qui décrivait les liens du nouveau propriétaire avec le pouvoir.

À la fin du mois de mai, les autorités cambodgiennes ont annoncé des restrictions draconiennes envers les journalistes pour les élections du mois prochain.

Deux anciens employés du bureau de Radio Free Asia au Cambodge, qui a fermé ses portes sous la pression du gouvernement en septembre dernier, ont été arrêtés en novembre pour espionnage et sont toujours en détention.

Aux Philippines, le gouvernement a ordonné en janvier la fermeture du service d’information en ligne Rappler, qui avait critiqué la guerre du président Rodrigo Duterte contre la drogue.

En Thaïlande, près de 100 personnes ont été accusées de sédition pour avoir exprimé des opinions ou participé à des manifestations pacifiques depuis le coup d’Etat de mai 2014.

Parmi eux on compte notamment trois membres du Parti Pheu Thai qui ont critiqué la junte lors d’une conférence de presse le mois dernier à la veille de l’anniversaire du coup d’Etat, et 15 militants qui ont manifesté contre la junte le lendemain.

Au Myanmar, des douzaines de journalistes, de militants et d’autres ont été inculpés – et nombreux sont ceux qui ont été emprisonnés – en vertu de l’article 66 (d) du codé pénal qui règlemente la clause pénale de diffamation de la loi de 2013 sur les télécommunications.

Une grande attention a également été accordée aux audiences préliminaires à Yangon de deux journalistes de Reuters arrêtés en décembre dernier alors qu’ils enquêtaient sur un massacre de villageois rohingyas.

Ils sont accusés d’avoir enfreint la loi sur les secrets officiels de l’époque coloniale et encourent une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 14 ans s’ils sont reconnus coupables.

Radio Free Asia exclue du Myanmar pour emploi du terme “Rohingyas”

Dès juin 2016, deux mois après son accession à la tête du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi, qui a longtemps incarné la liberté pour son peuple, avait déjà imposé cette injonction orwellienne, et interdit le terme Rohingyas pour lui préférer l’improbable locution “personnes qui croient à l’islam dans l’Est de l’Arakan”.

Depuis, les médias birmans qui veulent continuer à publier ou émettre dans le pays doivent se conformer à cette directive. Ceux qui adoptent un ton critique face à la politique du gouvernement dans l’Arakan, comme le Myanmar Times, utilisent le terme neutre “musulmans”.

D’autres médias, proches des positions des autorités, utilisent le terme discriminatoire “Bengalis”, qui sous-entend que les Rohingyas ne seraient que des immigrés du Bangladesh voisin, niant par là leur implantation multiséculaire dans le nord de l’Arakan – et légitimant, à terme, le nettoyage ethnique dont ils ont fait l’objet à partir de fin août 2017.

L’interdiction de prononcer ne serait-ce que le mot “rohingya” donne une idée de l’ampleur du tabou que représente cette question pour les autorités birmanes. Il y a six mois jour pour jour, les deux journalistes de Reuters Wa Lone et Kyaw Soe Oo ont été arrêtés et accusés de “révélation de secrets d’Etat” suite à un piège tendu par les forces de sécurité. Ils s’apprêtaient à publier une enquête sur le massacre de plusieurs civils rohingyas dans le village d’Inn Din.

En chute de six places dans le nouveau classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018, la Birmanie se positionne désormais à la 137e position sur 180 pays.

''Conférence suivie d’un débat le mercredi 13 juin 2018 à 19h

Panélistes confirmés : Pravit Rojanaphruk, rédacteur en chef de la publication en ligne Khaosod English, qui depuis le coup d’État de 2014 a été détenu à deux reprises pour «ajustement d’attitude». En août 2017, il a été accusé de sédition à cause de commentaires sur sa page Facebook. En septembre 2015, il a démissionné de The Nation, qu’il avait rejoint en 1991, après avoir été mis sous pression en raison de ses opinions politiques. Pravit a dit qu’il a quitté le journal parce que « c’était comme sa propre maison, et qu’il ne voulait pas la détruire ». En 2017, il a reçu le Prix international de la liberté de la presse du Comité pour la protection des journalistes.

Wai Phyo Myint , depuis juin 2015, responsable de la sensibilisation régionale au Myanmar Centre for Responsible Business, une initiative conjointe de l’Institut des droits de l’homme et des affaires et de l’Institut danois des droits de l’homme.

EWai Phyo Myint a précédemment travaillé en tant qu’associé senior au cabinet de conseil de Singapour, Vriens & Partners, et en tant que journaliste.

Matthew Bugher dirige le programme Asie pour « ARTICLE 19 », une organisation internationale des droits de l’homme qui promeut le droit à la liberté d’expression et d’information. Avant de rejoindre ARTICLE 19 en janvier, une grande partie de son travail était axée sur les droits de l’homme en Thaïlande et au Myanmar. De 2013 à 2015, Matthew était chercheur et professeur au Harvard Law School Human Rights Program.

Lieu : Club des correspondants étrangers de Thaïlande (FCCT) Penthouse, Maneeya Centre Building 518/5 Ploenchit Road (relié à la station BTS Skytrain Chitlom) Patumwan, Bangkok 10330 Tél .: 02-652-0580''

Thailande-fr.com - 12 juin 2018