Jean-Baptiste Phou, Responsable des Programmes Créatifs à Cambodian Living Arts, organisation qui a initié « Cambodge, d’hier et aujourd’hui », fait le bilan de ce festival ambitieux qui a voulu dépasser l’aspect du divertissement pour provoquer des rencontres, des échanges et des questions comme…

… Qu’est-ce qu’être artiste aujourd’hui au Cambodge en 2018 ? Etre artiste aujourd’hui au Cambodge, c’est de plus en plus lié à la question de l’expression. Il y a une émergence de la jeune génération qui a envie de dire des choses et qui a envie de se saisir de l’art pour exprimer une parole propre. Et, de trouver des outils artistiques pour parler d’eux, de la société. Je pense que c’est excitant et nécessaire ! Le Festival « Cambodge, d’hier à aujourd’hui » participe notamment à ce mouvement.

JC : 20 jours après la cérémonie de clôture du festival, quel bilan tirez-vous de cette première édition parisienne ? Il a été extrêmement positif. On a compté plus de 5 000 personnes qui sont venues aux différentes manifestations. Au-delà de la fréquentation, c’est surtout ce qui en est ressorti. Les personnes nous manifestaient leur satisfaction, leur émotion et leur gratitude. Chez certains Cambodgiens de France, cela a par exemple été une reconnexion avec une culture parfois lointaine mais qui est aujourd’hui à la fois différente et contemporaine.

JC : Quel a été pour vous le moment le plus fort parmi les événements présentés ? On a eu près de 500 personnes à un débat à la Mairie du XIIIe intitulé « 2e Génération de Cambodgiens en France : entre mémoire et création ». J’ai été très surpris par cette affluence mais ce qui a été le plus touchant, était l’investissement des personnes. Il y a eu de beaux témoignages au cours de l’événement mais aussi après, sur les réseaux sociaux. On était dans la réconciliation, le partage. Il y a eu, de manière plus globale, aussi une certaine fierté d’appartenir à cette culture notamment à travers des représentations raffinées comme le défilé haute texture d’Eric Raisina, le Requiem de Bangsokol ou la création du Ballet Royal, Métamorphoses.

JC : Quel a été l’accueil du public autour de ces deux dernières performances ? Le public a été transporté car la musique est davantage spirituelle. Ca va au-delà des mots. L’émotion était donc palpable. Pour le Bangsokol, les artistes ont vraiment réussi un tour de force. Le public était davantage venu dans un acte généreux mais ils ont été surpris. La contrainte du lieu, la Cité de la Musique, nous a aussi amené à construire une scénographie originale. Une partie de la mise en scène a donc été créé au milieu public qui était invité à participer à l’acte du recueillement.

JC : En parlant de coulisses : est-ce que tout s’est finalement bien passé ? Globalement, entre ce qui a été écrit sur le papier et la réalité, c’était assez fidèle. Ca en devenait presque inquiétant. On se demandait quand la catastrophe allait arriver. Il y a eu une vraie synergie et finalement, ça s’est autoporté. J’ai trouvé ça formidable. On était finalement dans une espèce de sérénité.

JC : Au regard de ce succès, pensez-vous à une prochaine édition ? On se pose la question. Tous nos partenaires parisiens sont prêts à renouveler l’expérience. Mais notre priorité immédiate est de faire bénéficier aujourd’hui aux cambodgiens une manifestation artistique et culturelle comparable à celle que nous avons eu en France.

JC : Justement, en Novembre 2019, débutera « Season in Cambodia » : est-ce que vous pouvez nous en parler ? Avec un certains nombres d’acteurs majeurs de la scène culturelle au Cambodge, on est en train de se mettre d’accord pour avoir en 2019, avec « Season in Cambodia », une année cohérente pour amener un maximum d’événements au public cambodgien. Leur offrir une expérience immersive et participative à l’instar de « Cambodge, d’hier et aujourd’hui ».

CambodgeMag.com - 14 juin 2018