William Anh Nguyen, 32 ans, avait été arrêté dimanche à Ho Chi Minh Ville (ex-Saïgon, sud) durant l'une de ces manifestations contre un projet de loi controversé créant des zones économiques spéciales. Les manifestants accusent le gouvernement d'envisager l'octroi à la Chine de terrains dans ces zones sur de longues durées.

Selon la police d'Ho Chi Minh Ville vendredi soir, M. Nguyen fait l'objet d'une enquête "pour des actes perturbant l'ordre public" et est accusé d'avoir incité des manifestants à s'en prendre à des biens publics. Il pourrait donc être inculpé et rester détenu jusqu'à ce que l'enquête soit achevée.

"Après avoir vu des gens tenter de renverser un véhicule de police pour dégager la voie aux manifestants, William Anh a essayé de les aider à renverser les véhicules", écrit le journal officiel de la police d'Ho Chi Minh Ville.

Né au Texas et diplômé de Yale, M. Nguyen était en vacances au Vietnam et devait recevoir à Singapour en juillet un diplôme de master.

Des amis de M. Nguyen ont affirmé qu'il avait été blessé avant son arrestation, citant des images circulant sur les réseaux sociaux sur lesquelles on le voit avec une plaie sanglante à la tête alors qu'il est traîné vers un véhicule par des hommes en civil.

Des responsables des services consulaires américains lui ont rendu visite en prison vendredi et l'ont trouvé "avec un bon moral" et "en bonne santé", a déclaré à l'AFP Kevin Webb. "Nous ne savons pas s'il a reçu des soins pour sa blessure à la tête", a-t-il dit.

"Il ne se trouvait pas dans ces manifestations pour exprimer un message politique quelconque", a assuré à l'AFP une autre amie, Mary Daniel.

Un porte-parole du département d'Etat américain a déclaré à l'AFP que les informations sur cette blessure suscitaient des inquiétudes et que des responsables américains faisaient pression pour poursuivre les visites consulaires.

Ho Chi Minh Ville était samedi sous haute surveillance policière. Durant la semaine, les autorités ont prévenu les habitants par tracts et textos de ne pas participer aux rassemblements illégaux.

Dans plusieurs endroits, les manifestations ont été violentes notamment dans la province de Binh Thuan (sud) où des véhicules de police ont été incendiés et des bâtiments publics endommagés.

Au total, une quarantaine de manifestants au moins restent détenus, selon un bilan établi par l'AFP à partir de chiffres officiels et d'informations de la presse étatique.

Le projet de loi ne mentionne pas spécifiquement la Chine mais a provoqué une vive réaction en raison du fort ressentiment anti-chinois dans le pays.

Agence France Presse - 16 juin 2018