L'étau se resserre dans le pays communiste où aucune dissidence n'est tolérée. Eclairage sur les grandes lignes de cette réforme.

La loi doit entrer en vigueur en janvier 2019. À partir de cette date, les plateformes du web seront contraintes de retirer sous 24 heures tous les commentaires considérés comme une menace à la sécurité nationale. La loi interdit également tout discours qui « porte atteinte au drapeau national, aux dirigeants ou aux héros nationaux ».

Mais la disposition la plus controversée concerne la localisation des données personnelles des utilisateurs. Jusqu’à présent, ces données étaient stockées sur des serveurs basés à Hong Kong et à Singapour, donc inaccessibles aux autorités vietnamiennes.

Désormais, les géants du Web devront installer physiquement ces centres de données au Vietnam et auront également l’obligation d’ouvrir un bureau de représentation sur place. De quoi permettre naturellement au gouvernement de contrôler plus facilement les informations personnelles des internautes vietnamiens.

Pourquoi ce tour de vis des autorités ?

Il ne fait aucun doute que le gouvernement est de plus en plus inquiet de la montée en puissance des réseaux sociaux, qu’il considère comme une menace à son autorité. Il redoute en particulier les appels à manifester, qui sont très souvent relayés largement sur Facebook.

Alors que plus de la moitié des 93 millions d'habitants ont accès à Internet, le gouvernement prend la menace très au sérieux. Il n'a pas attendu cette loi pour agir ; l’année dernière déjà, il avait ordonné à Facebook de retirer 159 comptes et à Youtube de supprimer environ 4 500 vidéos. De plus, un certain nombre de blogueurs et journalistes citoyens ont été condamnés à de lourdes peines de prison au cours de procès expéditifs.

Cette décision a-t-elle été contestée ?

L'information a été largement reprise sur Internet, mais pour être tout à fait honnête, la grande majorité des Vietnamiens n’y a pas vraiment prêté attention. Le gouvernement sait qu’il doit avant tout sa survie à la croissance économique et à l’amélioration des conditions de vie de la population.

Cette loi vise avant tout à tuer dans l’œuf la menace que constituent les réseaux sociaux, l’une des seules fenêtres d'expression au Vietnam. Dans les mois qui viennent, il sera intéressant de suivre notamment la réaction de Facebook, dont le dirigeant Mark Zuckerberg vient de se plier à un exercice de contrition aux Etats-Unis et en Europe pour ne pas avoir suffisamment protéger les données personnelles des utilisateurs.

La société américaine va-t-elle se plier aux conditions imposées par le gouvernement vietnamien, au risque d’être accusée de collusion ? Ou les refuser, au risque cette fois-ci de se mettre à dos un pays qui se situe parmi les dix premiers au monde en pourcentage d'utilisateurs Facebook ?

Par Frédéric Noir - Radio France Internationale - 18 juin 2018