Le tribunal de Rangoun où les audiences préliminaires se succèdent depuis des mois a annoncé lundi la date de sa décision de poursuivre ou non l'affaire.

"Ils n'ont fait que leur travail de journalistes", a insisté lors de cette dernière audience préliminaire leur avocat Khin Maung Zaw, demandant un non-lieu. L'Etat n'a pas à "couvrir les méfaits des forces de sécurité", a-t-il insisté.

Les deux journalistes de Reuters sont accusés d'"atteinte au secret d'Etat" pour avoir enquêté sur un massacre de musulmans rohingyas par l'armée.

Wa Lone, 32 ans, et Kyaw Soe Oo, 27 ans, sont accusés par la police de détention de documents relatifs aux opérations des forces de sécurité dans l'ouest du pays, en Etat Rakhine, théâtre du drame rohingya, qui relève de "l'épuration ethnique" selon l'ONU.

Mis en examen pour atteinte au "secret d'Etat", les deux reporters sont maintenus en prison et risquent une peine de 14 ans.

De son côté, le parquet a réclamé lundi l'ouverture du procès, les deux reporters ayant essayé d'accéder à des "documents secrets".

"La liberté de la presse est essentielle dans toute démocratie et poursuivre Wa Lone et Kyaw Soe Oo dans ces circonstances (...) menacerait sérieusement la liberté de parole en Birmanie", a insisté Reuters dans un communiqué.

Les deux reporters birmans enquêtaient sur un massacre dans le village de Inn Dinn. Quelques jours après leur arrestation, l'armée avait reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingyas le 2 septembre 2017. La semaine dernière, sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison pour ce massacre.

En dépit des pressions internationales, la justice birmane a maintenu les poursuites et interroge depuis plusieurs semaines des dizaines de témoins avant l'ouverture du procès en lui-même.

L'armée et les milices bouddhistes sont accusées d'épuration ethnique des Rohingyas dans l'ouest de la Birmanie par les Nations unies, ce qui a poussé à l'exil au Bangladesh plus de 700.000 membres de cette minorité.

Agence France Presse - 2 juillet 2018