"Nous prendrons des actions légales contre eux", a menacé le chef de la commission, Tep Nypha, interrogé par un journaliste sur les appels au boycott, "quand il y a délit, les autorités doivent s'en charger".

Ceux-ci circulent sur les réseaux sociaux, avec notamment une campagne dite du "doigt propre" ("clean finger"). Le processus électoral au Cambodge prévoit en effet que les électeurs ayant voté trempent leur doigt dans l'encre après avoir déposé leur bulletin dans l'urne, afin d'éviter que certains ne votent plusieurs fois.

La menace du chef de la commission électorale n'est pas légère dans ce pays où le chef du CNRP, principal parti d'opposition, Kem Sokha, a été mis en prison au motif qu'il fomentait une révolution avec le soutien de Washington.

"Nous devons protéger les intérêts de l'élection, du peuple et de la démocratie", a insisté le chef de la commission électorale, pour justifier ses menace de représailles.

Il les a exprimées lors d'une conférence de presse présentant le matériel d'encrage qui sera utilisé dans les bureaux de vote. Plus de 50.000 bouteilles d'encre ont été achetées en Inde, pour plus de 680.000 euros.

La principale formation d'opposition, le Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), a été dissoute et la plupart des opposants vivent en exil pour échapper à des poursuites. Le parti au pouvoir (CPP) est donc assuré de remporter le scrutin, mais le régime essaye de mobiliser les électeurs, afin d'éviter que les bureaux de vote soient vides, faute d'enjeu.

Pour CNRP, le boycott "est une forme de résistance passive ou désobéissance politique", a réagi auprès de l'AFP son fondateur Sam Rainsy, qui vit en exil en France.

"Ce n'est pas une élection mais un plébiscite organisé pour Hun Sen: il suffit d'aller voter pour n'importe quel parti en lice pour en fait voter "oui" à Hun Sen puisque, sans vraie opposition, celui-ci est assuré de l'emporter haut-la-main dans cette "élection" qu'il va utiliser pour légitimer son régime de plus en plus contesté", a-t-il ajouté dans un mail.

"On comprend alors l'acharnement des autorités, qui utilisent toutes sortes de menaces, pour forcer les gens à aller voter", ajouté cette figure de l'opposition cambodgienne.

La "réaction disproportionnée" à ces appels au boycott de la part d'un régime, qui "contrôle tout" et est assuré de gagner, est révélateur de sa "peur" irrationnelle, a réagi Andrea Girogetta, représentant en Asie de la Fédération internationale des droits de l'Homme (Fidh).

Hun Sen se présente comme le Père de la Nation, seul à même de maintenir la stabilité, dans ce pays qui reste traumatisé par le régime des Khmers rouges dans les années 1970, qui a vu mourir un quart de la population.

Les Etats-Unis et l'Union européenne ont suspendu leur assistance à l'organisation des législatives, après la dissolution du CNRP.

Agence France Presse - 17 juillet 2018