"Les autorités birmanes ont fait des préparatifs systématiques pendant des semaines, voire des mois, avant les attaques du 25 août 2017, pour obtenir des crimes de masse contre des civils rohingyas", écrit l'ONG dans un rapport de 160 pages publié jeudi, suite à un travail de terrain impliquant des interviews avec des sources militaires et policières birmanes.

Fin août 2017, des rebelles de la communauté musulmane des Rohingyas avaient pris les armes, dénonçant les mauvais traitements subis par cette minorité apatride en Birmanie. Leurs attaques meurtrières avaient ouvert la voie à une vaste opération de représailles par l'armée birmane.

Fortify Rights rappelle que ces "préparatifs" sont passés par un travail de propagande anti-rohingya, déjà amorcé sous la junte militaire au pouvoir jusqu'en 2011.

"Ils ont armé les communautés locales et convaincu la population que les Rohingyas n'étaient pas d'ici, qu'ils étaient des intrus, des terroristes", a accusé Matthew Smith, de Fortify Rights, lors d'une conférence de presse à Bangkok jeudi.

Des membres de la communauté bouddhiste de l'Etat Rakhine, région de l'ouest de la Birmanie où vivent les Rohingyas, ont en effet été accusés d'avoir prêté main forte aux militaires lors des mises à sac de villages rohingyas à partir de fin août 2017.

L'ONG dénonce aussi l'arrêt de la distribution de l'aide alimentaire internationale aux Rohingyas comme participant à cette planification.

"C'est ainsi que les génocides naissent (...). Le génocide n'est pas quelque chose qui arrive de façon spontanée", a insisté Matthew Smith.

Fortify Rights appelle le Conseil de sécurité de l'ONU à porter le dossier devant la justice internationale.

L'ONG met en avant la responsabilité individuelle de 22 responsables militaires et policiers dont le chef de l'armée en personne, le général Minh Aung Hlaing.

En juin, Amnesty international avait déjà demandé la saisine de la Cour pénale internationale, accusant le chef de l'armée et 12 autres haut gradés d'une "offensive systématique et orchestrée" contre les musulmans rohingyas.

Entre août et décembre 2017, plus de 700.000 Rohingyas ont fui une offensive de l'armée birmane lancée en représailles d'attaques de postes-frontières par des rebelles rohingyas. Ils ont trouvé refuge au Bangladesh où ils vivent depuis dans d'immenses campements de fortune.

"Il y a des raisons suffisantes de penser que les crimes perpétrés dans le nord de l'Etat Rakhine constituent un génocide et un crime contre l'humanité", insiste ce nouveau rapport publié jeudi.

Agence France Presse - 19 juillet 2018