L’entreprise Cleanbodia, créée en 2015, fabrique et vend des sacs plastique biodégradables réalisés à partir de fécule de manioc. Lepetitjournal.com Cambodge a contacté son fondateur Kai Kuramoto afin de l’interroger sur sa démarche.

Lepetitjournal.com Cambodge : Comment avez-vous décidé de commencer à produire des sacs en plastique biodégradable ?

Kai Kuramoto : Voir tout ce plastique dans les rues, les champs, les cours d’eau et les temples au Cambodge lorsque j’y ai emménagé était un spectacle navrant. La pollution recouvre non seulement les paysages, mais elle affecte aussi l’écosystème du pays et continuera de le faire pendant des générations. C’est pourquoi il nous a semblé qu’une alternative durable était nécessaire pour réduire la pollution due au plastique. Les sacs biodégradables en fécule de manioc sont la façon la plus immédiate de répondre à ce besoin.

Est-ce que la demande de sacs biodégradables a augmenté depuis la création de Cleanbodia ?

La demande est effectivement en hausse. Elle est liée à la prise de conscience que des alternatives au sac plastique à usage unique existent. Beaucoup d’hôtels, restaurants, ONG, écoles et bureaux ont réalisé que des produits qui respectent l’environnement peuvent attirer des clients et générer plus de revenus.

Combien coûte un de vos sacs biodégradables par rapport à un sac plastique classique ?

Le coût varie selon le modèle de sac et la quantité de matériau utilisée. En règle générale, un kilo de sacs plastiques coûte entre 2 et 2,5 dollars au Cambodge, tandis que nos sacs coûtent environ 6 dollars pour un kilo. Ramené à un sac, notre modèle de sac cabas coûte un peu plus d’un cent de plus qu’un sac plastique, soit 3 cents.

Actuellement, vos principaux clients sont des entreprises étrangères et occidentales. S’agit-il d’une stratégie délibérée de votre part ?

Au départ, nous voulions avoir le plus grand impact possible, ce qui signifiait écouler nos sacs sur les marchés locaux et auprès des vendeurs de rue, qui sont responsables de la majorité de l’utilisation de sacs plastiques au Cambodge. Mais ces vendeurs ont une marge minime, et ne peuvent pas se permettre de payer deux fois plus cher pour des sacs plastiques qu’ils donnent gratuitement. En général, les étrangers ont été sensibilisés dans leur pays à l’importance de la protection de l’environnement, et ceux qui dirigent des entreprises réalisent que leurs clients dépensent davantage auprès d’entreprises éco-responsables. J’espère que de plus en plus d’organisations au Cambodge vont adopter des politiques de respect de l’environnement et que le gouvernement va soutenir les alternatives aux sacs plastiques à usage unique, afin que les vendeurs de rue puissent respecter l’environnement sans que cela n’affecte leurs revenus.

Certains pays ont mis en place une interdiction totale des sacs plastique non biodégradables. Pensez-vous qu’une telle interdiction soit possible au Cambodge ?

Si l’objectif final est de mettre fin à l’utilisation de tous les plastiques à usage unique, une interdiction totale serait dévastatrice pour l’économie. Etant donné que le Cambodgien moyen utilise plus de cinq sacs plastique par jour, il faudrait un substitut pour remplacer le vide créé par une interdiction. Comment des millions de familles ramèneraient-elles leurs courses du marché chaque jour ? Comment des milliers de vendeurs de rues vendraient-ils leur plats et boissons ? Comme d’autres pays l’ont montré, il est impératif d’avoir des solutions alternatives prêtes à être mises en oeuvre, sous peine de devoir gérer une multitude de problèmes en essayant d’en résoudre un.

Pensez-vous qu’il y a un manque d’éducation de la population cambodgienne concernant la surconsommation de plastique ?

Je ne crois pas que l’éducation soit la réponse qui permettra de réduire de manière significative l’utilisation du plastique au Cambodge. Ce n’est pas aussi simple que ça. En fait, quand on demande à des Cambodgiens si le plastique est bon ou mauvais pour l’environnement, beaucoup vous répondront qu’il est néfaste pour la nature mais l’utiliseront néanmoins de manière quotidienne. Mais quel autre choix ont-ils ? Il est très difficile de se passer des sacs plastique à usage unique dans le pays. De plus, l’éducation générale reste un problème au Cambodge, il est donc peu réaliste de rajouter des cours liés à la protection de l’environnement. Je ne veux pas dire que l’éducation est inutile en la matière, mais elle doit être couplée à d’autres méthodes, comme des changements de comportements et des alternatives accessibles, afin d’avoir un réel impact sur la pollution par le plastique.

Par Pierre Motin - Lepetitjournal.com - 22 juillet 2018