Dix personnes qui avaient protesté en juin contre le projet de location de terres à des investisseurs étrangers ont été condamnées lundi à des peines de prison de vingt-quatre à quarante-deux mois. Quelques jours plus tôt, sept manifestants avaient été condamnés à des peines similaires, et des dizaines d’autres sont en attente de jugement. Du 9 au 11 juin, le Vietnam a été secoué par une mobilisation exceptionnelle de plusieurs milliers de personnes.

Malgré sa conversion à l’économie de marché il y a trente ans, ce pays de 90 millions d’habitants est toujours verrouillé par le Parti communiste. Les manifestations et les débats d’idées sont interdits. Depuis 2017, la situation a empiré après l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle frange de dirigeants communistes, ultraconservateurs et prochinois. Les violences policières et les condamnations ou expulsions de journalistes citoyens ou de militants écologistes se sont multipliées.

Le projet de loi prévoyant l’instauration de trois zones économiques spéciales, soupçonnées de servir les intérêts de la Chine, a particulièrement mis en colère les habitants de la province de Binh Thuan, qui ont mis le feu à la mairie et s’en sont pris aux CRS locaux.

Ailleurs, d’autres ont manifesté contre la nouvelle loi sur la cybersécurité qui devrait, à partir du 1er janvier 2019, mettre au pas tous les réseaux sociaux, jusqu’ici les seuls moyens de diffuser des informations non contrôlées. Dès le 12 juin, une loi interdisant les appels aux rassemblements publics sur les réseaux sociaux a été votée. Désormais, même les médias proches du pouvoir n’échappent plus à la censure. Le 16 juillet, un site d’information populaire, Tuoi Tre, a été suspendu trois mois pour avoir «menacé l’unité nationale» en citant des propos laissant entendre que le président vietnamien soutenait les manifestants. Mince consolation, ceux de Binh Thuan ont obtenu le report du projet de loi à octobre et la durée des baux concédés aux investisseurs étrangers pourrait être revue à la baisse.

Par Laurence Defranoux - Libération - 23 juillet 2018