"Cinq affaires liées à la campagne dite du +doigt propre+ ont été ouvertes", a déclaré lundi Hang Puthea, porte-parole de la commission électorale. Les cinq contrevenants risquent plus de 4.200 euros d'amende chacun.

La photo en cause, largement diffusée sur les réseaux sociaux, montre plusieurs opposants dans la province de Battambang, dans l'ouest du Cambodge, posant le pouce levé, symbole du boycott.

Jusqu'ici cette campagne appelant les électeurs à conserver leur "doigt propre" ("clean finger"), en ne votant pas et donc en ne trempant pas leur doigt dans l'encre après avoir déposé leur bulletin dans l'urne comme le veut la procédure électorale, était surtout menée par l'opposition en exil.

Mais le fait que des opposants ayant fait le choix de rester au pays s'engagent à visage découvert est nouveau.

Au premier rang des accusés se trouve Chea Chiv, ancien dirigeant de l'antenne de Battambang du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), aujourd'hui dissout.

Il a expliqué avoir fait cette photo pour montrer qu'il "n'irait pas voter", ce qui lui vaut désormais des "poursuites pour obstruction et incitation à ne pas aller voter" de la part de la commission, accuse-t-il.

"Ils essayent de réduire les gens au silence", a estimé Kruy Kimsaing, un des autres anciens du CNRP présents sur la photo. Il accuse aussi le régime de faire suivre par des hommes en civil les opposants restés au pays, entre autres mesures d'intimidation.

La commission électorale avait mis en garde la semaine dernière que des "actions légales" seraient prises contre ceux qui appelleraient au boycott.

Les opposants mais aussi la Fédération internationale des droits de l'Homme (Fidh) rappellent de leur côté qu'appeler au boycott n'est en rien illégal.

Rhona Smith, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits de l'homme au Cambodge a exhorté le gouvernement à respecter la liberté des électeurs et à indiquer clairement que l'appel au boycott était autorisé.

Les menaces du chef de la commission électorale ne sont pas à prendre à la légère dans ce pays où le chef du CNRP, qui était le principal parti d'opposition, Kem Sokha, est en prison pour tentative de révolution avec le soutien de Washington.

La plupart des députés du CNRP, qui avait fait une percée remarquée aux législatives de 2013, sont partis en exil par peur de représailles du régime.

Le parti au pouvoir (CPP) est assuré de remporter le scrutin, en l'absence de véritable opposition, mais sa crédibilité internationale est faible: les Etats-Unis et l'Union européenne ont suspendu leur assistance à l'organisation du scrutin après la dissolution du CNRP.

Agence France Presse- 23 juillet 2018