Le groupe avait déjà subi une interdiction semblable en mai 2017. Le groupe extrémiste bouddhiste est accusé de exacerbent des discours haineux qui répandent les sentiments antimusulmans dans le pays. L'un des membres du groupe, Ashin Wirathu (photo), un moine influent, a soutenu l'adoption de lois raciales et religieuses votées en 2015, avant la victoire du parti NLD d'Aung San Suu Kyi lors des élections de novembre 2015.

Vendredi 20 juillet, le comité du State Sangha Maha Nayaka (Ma Ha Na), la plus autorité du clergé bouddhiste en Birmanie, a décidé d’interdire une nouvelle fois les activités de la Fondation Buddha Dhamma Parahita, anciennement connue sous le nom de Ma Ba Tha. Le comité, dont les membres sont nommés par le gouvernement, a ordonné à l’organisation ultranationaliste, connue pour son discours antimusulman, de se retirer durant 45 jours, sous peine d’être poursuivie à la fois par les lois bouddhistes et séculaires du pays. Le groupe Ma Ba Tha avait également subi une pareille interdiction en mai 2017, mais le mouvement a changé de nom avant de reprendre ses activités.

Ashin Ariya Wuntha Bhiwunsa, un moine basé à Mandalay dans le nord du pays, confie que les objectifs du groupe s’opposent à ceux du bouddhisme birman. « Le groupe n’a aucun objectif clairement défini et il répand des messages de haine qui véhiculent le sentiment antimusulman dans le pays. Alors que nous sommes en pleine transition démocratique, les méthodes et les activités du groupe sont une barrière qui empêche le gouvernement d’avancer, il doit donc agir », affirme Ashin Wuntha. Le moine ajoute que les activités du groupe nationaliste affectent tous les moines à travers la Birmanie. Le 21 juillet, la Fondation Buddha Dhamma Parahita a déclaré dans un communiqué, que l’organisation consultait ses branches à travers le pays avant de se décider quant au retrait de ses activités.

Un soutien influent de l’ancien régime militaire

« S’il y a de la discorde entre les moines et que la violence risque d’éclater dans le pays, c’est la responsabilité du State Sangha et des autorités religieuses », a averti le groupe. Kyaw Nyein, secrétaire de l’organisation islamique Ulama à Rangoun, a confié que l’interdiction était bienvenue, mais que l’ordre devait être appliqué. « En termes de perspectives légales, le plus difficile reste à venir, car les experts juridiques et les administrateurs locaux du ministère de l’Intérieur n’osent pas agir contre les moines rebelles. Donc je pense qu’il faut imposer l’application effective de l’interdiction », demande Kyaw, également juriste.

Après son interdiction en mai 2017, le comité exécutif du groupe a adopté un nouveau nom et un nouveau logo, mais sa mission et ses activités n’ont pas changé. Toutefois, le mouvement a continué à utiliser son ancien nom de Ma Ba Tha dans l’État Karen et dans la division de Mandalay. Ma Ba Tha a tenu une grande partie du discours antimusulman qui a alimenté les conflits religieux dans le pays, en particulier dans l’ouest de l’État Rakhine. En 2012, des violences y ont provoqué plus de deux cents morts et ont entraîné le déplacement forcé de plusieurs dizaines de milliers de personnes – dont une grande partie de musulmans rohingyas. Le groupe Ma Ba Tha, qui a été fondé en 2013, a soutenu un certain nombre de lois dites raciales et religieuses, votées par le gouvernement militaire avant les élections de 2015. Les critiques estiment que ces lois sont une honteuse tentative de s'en prendre à la minorité musulmane du pays. Ma Ba Tha était un soutien influent de l’ancien régime militaire sous le président Thein Sein, dont le parti politique a été battu par la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) d’Aung San Suu Kyi lors des élections de 2015.

Agence Eglise d'Asie avec Ucanews - 24 Juillet 2018