Les résultats définitifs doivent être officialisés le 15 août, mais dès dimanche soir, le parti du Premier ministre a revendiqué la victoire aux élections législatives au Cambodge. Le Parti du peuple cambodgien (PPC) "a remporté tous les sièges à travers le pays" (125), a déclaré lundi son porte-parole, Sok Eysan. "Le soutien écrasant du peuple cambodgien a donné à Hun Sen une nouvelle chance de poursuivre sa mission historique", a-t-il ajouté alors que l'homme fort du Cambodge est au pouvoir depuis plus de 33 ans

"Nos compatriotes ont choisi la voie de la démocratie", s'est félicité sur Facebook le Premier ministre.

Le principal parti d'opposition dissous

L'homme fort du Cambodge a averti qu'il ne tolérerait aucune contestation des résultats, assurant vendredi, lors de son dernier grand meeting de campagne, que "des mesures légales pour éliminer les traîtres" avaient été prises. Une allusion au CNRP, principal parti d'opposition dissous en novembre 2017, accusé de comploter contre le gouvernement avec le soutien des Etats-Unis.

Le PPC a remporté toutes les élections depuis 1998. Mais, aux dernières législatives de 2013, les électeurs, pour protester contre la corruption, avaient voté en masse pour ce parti d'opposition, qui avait raflé plus de 44% des voix, prenant le régime de Hun Sen de court.

Le gouvernement a depuis brandi la menace d'une ère de chaos dans le pays encore traumatisé par le régime khmer rouge, coupable d'un génocide qui a fait près de deux millions de morts dans les années 1970. Surfant sur cette menace, des médias indépendants ont été fermés, un autre a été repris en main par le régime, tandis que plusieurs actions en justice ont été lancées contre des représentants de la société civile.

82% de taux de participation

"A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire", a commenté Sam Rainsy, le fondateur du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP). "Pour la première fois depuis les élections organisées par l'ONU en 1993, le Cambodge n'a plus de gouvernement légitime reconnu comme tel par la communauté internationale", a dénoncé l'opposant en exil.

La question-clé est maintenant "de savoir ce que la communauté internationale va faire", a déclaré Phil Robertson, directeur adjoint de Human Rights Watch pour l'Asie. Les observateurs se demandent si des sanctions commerciales et financières vont être prononcées à l'encontre du régime qui a bénéficié d'immenses programmes d'aides au développement pour soutenir sa marche vers l'économie de marché. Jusqu'ici, Bruxelles et Washington ont refusé d'apporter leur soutien à l'organisation du scrutin et quelques restrictions très limitées ont été édictées.

Parmi les premiers pays à réagir, le Canada s'est dit "préoccupé" par les élections. "De très nombreux observateurs ont constaté que la campagne électorale a été assombrie par l'intimidation des électeurs et la manipulation des urnes", a relevé dimanche le ministère canadien des Affaires étrangères. "L'utilisation du pouvoir judiciaire pour harceler, intimider et éliminer l'opposition - y compris le dirigeant du Parti du salut national du Cambodge, M. Kem Sokha, qui reste emprisonné -, et pour réprimer la société civile et la presse, n'est pas un signe d'élections libres, justes et équitables".

Une des questions-clés de ces élections était le taux d'abstention, Sam Rainsy ayant appelé au boycott depuis la France où il s'est exilé pour échapper à la prison. "Je ne suis pas allé voter. Beaucoup de mes amis ne sont pas allés voter", a assuré Khem Chan Vannak, ancien élu sous la bannière du CNRP. Mais selon la Commission électorale, autorité contrôlée par le régime, le taux de participation avoisinerait les 82%, un chiffre largement supérieur à celui des dernières législatives de 2013 (69%).

Devenu Premier ministre en 1985, à seulement 32 ans, Hun Sen, ex-Khmer rouge qui a toujours minimisé son rôle au sein du mouvement ultra-maoïste, a tissé une toile au maillage serré pour assurer sa longévité politique. Il a placé ses trois fils, qui occupent des postes-clés au sein de l'armée et du parti au pouvoir, au coeur de ce dispositif, et ces derniers ont participé activement à la campagne.

L'Express avec Agence France Presse - 30 juillet 2018