Plusieurs de ces plateformes avaient été déclarées illégales dans le passé, mais la nouvelle stratégie d’économie digitale du gouvernement militaire commence à changer l’attitude officielle.

La plateforme Uber de location de voiture sur un trajet unique avait été déclaré illégale par le gouvernement thaïlandais dès 2014, alors que l’application était déjà utilisée dans le royaume depuis de nombreuses années. La raison en était les pressions des chauffeurs de taxis dûment enregistrés, une situation que l’on retrouve dans de nombreux pays.

D’une part, les chauffeurs travaillant à travers Uber n’avaient pas de licence officielle de chauffeur de taxi et d’autre part leurs tarifs étaient plus bas, ce qui enlevait la clientèle aux taxis. En mars dernier, GrabTaxi a racheté Uber Asie du Sud-Est, et a passé un accord avec le gouvernement : l’entreprise s’est engagée à n’utiliser que des propriétaires de véhicules qui se sont fait dûment enregistrés par les autorités. Des problèmes subsistent toutefois, notamment en ce qui concerne les motos. Il n’est pas rare de voir des pugilats dans la rue entre des mototaxis à l’ancienne et des mototaxis travaillant au travers de GrabTaxi.

Même situation pour Airbnb

La situation a été à peu près la même pour Airbnb sauf qu’il n’y a pas eu de bagarres dans les rues. En début d’année une décision de justice avait déclaré illégale le fait de louer son logis à un tiers pour une période de moins d’un mois. Cette décision était intervenue alors qu’Airbnb opérait en Thaïlande depuis cinq ans avec 60 000 résidences enregistrées. Le jugement, pris sous la pression du lobby de l’industrie hôtelière, avait fait craindre la fin d’Airbnb en Thaïlande.

Mais finalement, au début de juillet, la plateforme et les autorités thaïlandaises sont arrivées à un accord. Les propriétaires de maisons peuvent la louer à des tiers à la journée ou à la semaine, à condition de se faire dûment enregistrer auprès du ministère du Tourisme. En revanche, les propriétaires d’appartement n’ont pas cette possibilité.

La stratégie «Thaïland 4.0»

La principale stratégie économique du gouvernement militaire porte sur le développement de l’économie digitale. Cette stratégie est baptisée « Thailand 4.0 ». Elle vise à faire du pays un carrefour digital pour toute la région.

Une énorme zone industrielle, baptisée le Corridor Economique de l’Est et couvrant trois provinces, doit être consacrée aux industries de haute technologie. Ce corridor doit être mis en place dans les prochaines années. La junte a compris qu’elle devait être cohérente et que pour développer cette stratégie, il ne fallait pas fermer la porte aux économies de plateformes.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 30 juillet 2018