Au terme d’une campagne contestée, le Comité National des Elections a officialisé les résultats: le parti du peuple cambodgien (PPC) obtient 77% des voix. L'intégralité des sièges du Parlement revient au parti du Premier ministre. Aucun autre n’obtient un siège alors qu’ils étaient 19 partis candidats. Une situation sans précédent dans le pays.

Le Premier ministre a pour projet de créer un forum de consultation des partis mais en dehors de l’Assemblée. Pour beaucoup, la victoire écrasante de Hun Sen est liée à l’absence du principal parti d’opposition. Il a été dissout par la Cour suprême en novembre 2017. L’un de ses leaders Kem Sokha, a été placé en détention et attend son procès pour trahison. L’autre, Sam Rainsy, est en exil en France. 118 membres du parti PSNC sont également interdits de politique. Or le Parti du Sauvetage National du Cambodge (PSNC) avait obtenu 43,8% des voix lors des précédentes élections en 2013.

Un grand nombre d’électeurs ont dû reporter leur voix donc. Pour beaucoup d’électeurs, les petits partis n’avaient ni l’ancienneté ni la popularité ni les moyens de concurrencer l’appareil du Parti du Peuple Cambodgien de Hun Sen. Sans compter que la dissolution du principal parti d’opposition a été perçue comme un précédent. Les membres du PSNC en exil à l’étranger ont appelé au boycott des élections. Avec un taux de participation à 83%, cet appel a échoué selon le Premier ministre Hun Sen dont le gouvernement a tout fait pour décourager l’abstention. Malgré tout, le nombre de bulletins invalides a bondi cette année à 8,5% contre 1,6% en 2013. C’est plus que le score du Funcinpec, le parti arrivé en seconde position. Un signe de protestation des électeurs selon certains experts.

La liberté d’expression fortement menacée

Derrière la victoire du parti de Hun Sen, les critiques se sont multipliées à l’encontre du scrutin. D’une part en raison de l’absence du principal parti d’opposition, mais aussi à cause de la dégradation des libertés d’expression ou de rassemblement dans le pays. Trois anciens membres du parti d’opposition ont soutenu le boycott et ont été condamnés à payer une amende. Les arrestations pour des posts Facebook jugés séditieux ou insultants à l’égard du roi ou du Premier ministre se sont multipliées.

La situation des médias indépendants s’est dégradée également avec la fermeture d’une trentaine de radios et du quotidien Cambodia Daily ou le rachat suspect du Phnom Penh Post.

En juin, la rapporteur spéciale des Nations Unies, Rhona Smith avait fait part de ses inquiétudes au sujet d’intimidations présumées des électeurs. Elle demandait au gouvernement d’assurer leur droit à s’abstenir. Des propos qualifiés de partiaux par le ministre des Affaires étrangères. Plusieurs Etats et organisation ont donc remis en cause la légitimité démocratique du scrutin. Les membres de l’opposition en exil ont appelé au rejet des résultats par la communauté internationale.

Les défis de Hun sen

Hun Sen s’est acquis l’ensemble des sièges du Parlement. Ce qui donne à son parti la possibilité d’engager des modifications de la Constitution. Mais ce Parlement à parti unique va devoir faire face à plusieurs défis.

Au niveau national Hun Sen a multiplié les discours où il se présentait comme le principal garant de la paix, de la stabilité et du développement du pays. La croissance économique cambodgienne est l’une des plus dynamiques de la région avec environ 7% par an, un chiffre que le gouvernement devra maintenir alors que les inégalités restent visibles.

Les conflits fonciers dans le pays en développement constituent l’un des autres points délicats car beaucoup de Cambodgiens n’ont pas de titre de propriété. Mercredi, l’annonce des résultats coïncidait avec l’anniversaire des deux ans d’emprisonnement de l’activiste Tep Vanny. Elle avait manifesté contre l’expropriation et les conditions de dédommagement des habitants du quartier Boeung Kak à Phnom Penh.

Plusieurs organisations, dont Human Right Watch, appellent encore à sa libération. A l’international le principal défi pour Hun Sen est d’apparaître légitime. De nombreux Etats occidentaux ont exprimé leur inquiétude à l’issue du scrutin. Or ces critiques pourraient être suivies de sanctions. Washington par exemple juge que ces élections sont une fraude, ni libres ni équitables. Les Etats-Unis ont interdit de territoire un proche de Hun Sen et comptent étendre ces interdictions. L’Union Européenne doit aussi étudier la suspension de ses tarifs douaniers préférentiels.

Mercredi, dans un communiqué, le PPC de Hun Sen a accepté les résultats de l’élection mais a aussi déploré ces critiques. Mais le gouvernement de Hun Sen conserve des soutiens, en particulier en Asie. Le pays se tourne politiquement de plus en plus vers la Chine qui est déjà le premier investisseur dans le royaume.

Par Juliette Buchez - Radio France Internationale - 16 Août 2018


Cambodge: le parti de Hun Sen remporte l’ensemble des sièges au Parlement

Le parti de Hun Sen a remporté l’ensemble des sièges au Parlement à l’issue de législatives controversées au Cambodge, une victoire qui va permettre au Premier ministre, au pouvoir depuis 1985, de gouverner encore au moins cinq ans sous le regard protecteur de son puissant allié chinois.

«Le Parti du peuple cambodgien (PPC) a reçu 76,85% des suffrages et remporté l’ensemble des 125 sièges du Parlement», a indiqué mercredi à l’AFP Dim Sovannarom, porte-parole de la Commission électorale cambodgienne.

L’homme fort du royaume, au pouvoir depuis déjà trente-trois ans, doit être reconduit le 6 septembre pour cinq ans à la tête du pays par la nouvelle assemblée législative. Il formera son gouvernement dans la foulée.

Ces élections constituent «un énorme succès pour le processus démocratique au Cambodge», s’est-il félicité mercredi matin lors d’une rencontre avec des ouvrières du textile.

Le scrutin était «libre, équitable et juste», a commenté mercredi le Premier ministre sur son compte Facebook.

«Je veux créer un forum de consultation entre le gouvernement et les partis politiques» du pays, a assuré Hun Sen, 66 ans, alors que le scrutin du 29 juillet s’est déroulé sans compétition électorale.

Le Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), qui avait raflé 44% des suffrages aux législatives de 2013, était le seul à pouvoir rivaliser avec le PPC. Mais il a été dissous en novembre 2017, et son président Kem Sokha, accusé d’avoir voulu renverser le gouvernement avec la complicité des Etats-Unis, emprisonné.

Sam Rainsy, le fondateur du CNRP, avait appelé au boycott du scrutin depuis la France où il s’est exilé pour échapper à la prison.

Au final, quelques 6,9 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes sur les 8,3 inscrits. 600.000 bulletins «dégradés» ont toutefois dû être invalidés, d’après la Commission électorale.

Musèlement de l’opposition, de la presse, de la société civile, le royaume a subi «une campagne méthodique du gouvernement cambodgien visant à verrouiller totalement l’espace démocratique et à amener le pays vers une dictature absolue», a commenté John Cavanaugh, directeur pour le Cambodge de l’Institut national démocratique, organe de surveillance et de promotion de la démocratie.

«Nous continuerons de plaider auprès de la communauté internationale pour que le pays remplisse ses obligations en matière de droits de l’Homme et de démocratie comme il s’y est engagé lors de la signature des accords de Paris» en 1991, a souligné Mu Sochua, ancienne vice-présidente du CNPR, qui a fui le pays en octobre 2017.

- allié chinois -

Les Etats-Unis et l’Europe ont fait part de leur inquiétude à l’issue du scrutin, qualifié par Washington de «revers le plus cinglant» à la démocratie cambodgienne.

Certains observateurs se demandent si le Cambodge, qui a bénéficié d’immenses programmes d’aides au développement pour soutenir sa marche vers l’économie de marché, sera davantage isolé sur la scène internationale avec à la clé un éventuel durcissement des sanctions financières et commerciales.

Mais Hun Sen pourra toujours compter sur son fidèle allié chinois qui a investi plus de 4,5 milliards de dollars ces cinq dernières années dans le royaume et est devenu son principal partenaire commercial.

Avec ce nouveau mandat de cinq ans, Hun Sen a désormais le champ libre. L’ex-Khmer rouge, qui a toujours minimisé son rôle au sein du mouvement ultra-maoïste, a placé ses trois fils à des postes-clés au sein du parti et de l’armée.

«Les membres de la famille de Hun Sen possèdent ou contrôlent partiellement des sociétés dont le capital est estimé à plus de 200 millions de dollars», d’après un rapport de l’ONG Global Witness de 2016.

La corruption reste très importante dans le pays qui se classe en 2017 au 161e rang sur 180, d’après Transparency International, derrière la Thaïlande, le Vietnam, l’Indonésie ou la Chine.

Agence France Presse - 15 Août 2018